La nuit de la foi, perdre Dieu de vue pour le retrouver autrement

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C’est l’histoire d’un prêtre dont le parcours semblait bien tracé. Vicaire épiscopal, accompagnateur spirituel, fondateur, responsable en tous genres, Raphaël Buyse vivait sa vie d’homme d’église avec passion et sérieux. Vivant à 100 à l’heure, grisé par son agenda de ministre, il décide un jour de dire stop et va frapper à la porte d’un monastère bénédictin où il séjourne durant une année entière. Cette parenthèse d'un an au monastère Saint-André de Clerlande en Belgique va totalement transformer sa manière d’être au monde, aux autres et à Dieu. Un retournement intérieur, dont il fait le récit dans "Autrement, Dieu" (éd. Bayard). "J'ai fait cette étrange et douloureuse et bénéfique expérience d'un grand silence de Dieu" Un an dans un monastère Fondateur de la Fraternité diocésaine des parvis, Raphaël Buyse a éprouvé un jour le besoin "de lever le pied" et de "laisser la main à d'autres". Ce prêtre hyperactif avait "toujours été fasciné par la vie monastique". Alors quand il en a eu la possibilité, il est parti pour le monastère de Saint-André de Clerlande, entre Bruxelles et Namur. "Je suis parti pour chercher Dieu, pour me reposer en lui, faire l'expérience de Dieu, goûter la parole... et j'ai fait cette étrange et douloureuse et bénéfique expérience d'un grand silence de Dieu. J'étais parti pour le rencontrer et il n'était pas là." Une nuit de la foi Ce silence de Dieu, ce vide dans la foi, quand on est prêtre depuis 35 ans et que l'on s'est comme lui beaucoup investi dans des projets au service de l'Église, "quand on est repéré comme homme de Dieu" par les uns et les autres, ce silence-là est redoutable. Pendant cette année au monastère, Raphaël Buyse a traversé une nuit de la foi : "une expérience de remise en cause". Pour un homme d'Église, en venir à se demander di Dieu a vraiment une réalité c'est assez "rude". Cette expérience a transformé l'image qu'il se faisait de Dieu. "J'avais un vocabulaire sur Dieu, des mots, des formules, des rites..." Comme par exemple, "Dieu tout-puissant" : une expression qui s'est comme "désagrégée" dans le silence. "Dieu tout-puissant, mais tout-puissant de quoi ?" dit Raphaël Buyse. Et quand, dans les psaumes on lit "Seigneur, mon roc, ma forteresse," (Ps 17, 2) et que "l'on ne sent plus rien", peut-on encore dire il est mon roc, ma forteresse ? "Je ne crois plus au Dieu très haut et redoutable des psaumes que j'ai chantés, il ne m'a pas rendu inébranlable, son silence m'a lavé, décapé, décrassé, brossé, rincé, il m'a changé, renversé, réformé, refait." Quand Les mots pour dire Dieu sont des pièges Ce que Raphaël Buyse a compris, c'est que les mots qui désignent Dieu sont comme des pièges. "Le vocabulaire que l'on trouve dans la Bible, qui est un vocabulaire infiniment respectable, mais qui est quand même très marqué par des expériences politiques, très humaines, tous ces mots quand on les aura tous dit ne diront jamais vraiment qui il est." D'où le titre de son livre "Autrement, Dieu", car Dieu "sera toujours le tout-autre, je ne pourrai jamais l'enfermer" ni mettre la main dessus. Alors en qui, à quoi croire aujourd'hui ? "Je crois en un Dieu source, que j'entrevois mystérieusement à travers l'épaisseur humaine du Christ." De Dieu, Raphaël Buyse confie ne plus "savoir dire grand chose", même s'il croit "que notre vie tient de lui". Mais chez Jésus, "il y a quelque chose d'une rare humanité qui me bouleverse au plus haut point !" Émission d'archive diffusée en juin 2019

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