Trois titres pour nourrir ceux qui profitent de la crise pour écrire

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Depuis le début de la pandémie, bon nombre d’entre nous se sont mis à écrire pour passer le temps. Quelques-uns ont pris l’initiative de tenir un journal intime pour documenter cette crise, certains ont profité du temps dont ils disposaient à la maison pour se mettre à un projet d’écriture et d’autres ont répondu à l’appel de Jeannette Bertrand de rédiger leurs mémoires. Puisqu’il n’y a rien comme un bon livre pour nourrir l’inspiration de celui qui écrit, Chéri(e) J’arrive vous en propose trois qui abordent l’écriture cette semaine. François-Hyacinthe Séguin, Journal d’un loyal dans la campagne canadienne, 1831-1834, François-Hyacinthe Séguin (1787-1847), notaire de Terrebonne, Québec, Presses de l’Université Laval, 2020, 302 p. Le notaire François-Hyacinthe Séguin est depuis longtemps tombé dans l’oubli pour le commun des mortels. Né en 1787 à Terrebonne où il décèdera 60 ans plus tard après y avoir exercé sa profession, il aurait probablement même disparu du radar des historiens s’il ne nous avait pas laissé un précieux journal de 99 pages rédigé entre le 7 février 1831 et le 2 mars 1834 ainsi qu’une série de lettres écrites entre 1822 et 1839. Alors que le Bas-Canada s’agite de plus en plus avec la montée de tensions entre patriotes et loyaux et qu’une épidémie de choléra particulièrement meurtrière s’abat sur la vallée laurentienne, Séguin note scrupuleusement ses observations dans son journal. Le document, édité, présenté et annoté par l’historien Jean-René Thuot offre donc un précieux regard sur sept thématiques : le rapport à soi; la vie communautaire; la vie publique et les institutions locales; la vie politique; la culture l’éducation et la religion ; le rapport à la nature et à la culture scientifique ; et, enfin, le rapport à la mort. Après avoir présenté brièvement le document en introduction, Thuot s’attarde à chacune de ces sept thématiques dans autant de chapitres. Il y analyse le document, puis en reproduit les passages pertinents savamment annotés. Le lecteur peut ensuite se plonger directement dans le journal dont l’intégralité des entrées sont reproduites par ordre chronologique dans un deuxième temps. Un document plus que jamais pertinent à l’heure où certains prennent note de leur quotidien en temps de pandémie tout comme Séguin le fit lors de l’épidémie de choléra de 1832. Michel Dorais, Écrire et publier un essai, Québec, Presses de l’Université Laval, 2020, 108 p. La pandémie a donné à certains d’entre nous le temps de se lancer dans des projets d’écriture. S’il existe déjà bon nombre d’ouvrages destinés à ceux qui désirent écrire un roman ou un polar, rares sont ceux qui offrent aux apprentis essayistes des conseils comme le rappelle Michel Dorais dans l’introduction de ce petit ouvrage destiné à ceux qui veulent s’atteler à la rédaction d’un essai. Écrit dans un style clair, précis et généreux, ce petit livre – il ne fait que 108 pages – se dévore en une soirée autant en raison de sa longueur que de son intérêt. L’auteur y partage avec beaucoup de générosité sa propre expérience de la rédaction d’essais en puisant bon nombre d’exemples dans son propre parcours tout en brossant un portrait plus large du milieu de l’essayistique au Québec. Tout y passe de l’organisation des idées à la promotion de l’ouvrage en passant par le processus de documentation, le développement d’une méthode de travail, le choix du titre, la relation avec les éditeurs et j’en passe. Le livre plaira tant aux apprentis écrivains qu’à ceux qui s’intéressent au milieu du livre québécois. On y apprend en effet une foule d’information intéressantes sur la longueur de la vie d’un essai, sur le marché du livre (et le nombre de copies qu’il faut pour pouvoir parler d’un succès de librairie) ainsi que sur le milieu de la critique (et la propension de certains à ne pas lire les ouvrages dont ils traitent!). À lire. Enzo Traverso, Passés singuliers. Le «je» dans l’écriture de l’histoire, Montréal, Lux, 2020, 232 p. Depuis quelques années, on voit l’autofiction s’imposer de plus en plus fortement dans le paysage littéraire. Les romanciers qui parlent d’eux sont de plus en plus nombreux et le succès pour ce genre ne se dément pas. Même les historiens ont commencé à se mettre en scène et à délaisser cette habitude de se placer en retrait de leur sujet pour en assurer la plus grande objectivité possible. Désormais, pas souci de transparence, d’honnêteté et d’authenticité, ils n’hésitent pas à se mettre en scène dans leur œuvre au plus grand plaisir de leurs lecteurs. Après avoir constaté au fil de ses lectures cette tendance de plus en plus marquée des historiens à écrire au « je » et à inscrire leur trajectoire familiale au sein de leurs travaux, l’historien Enzo Traverso a eu envie de réfléchir à ce changement qui s’opère depuis les années 1980 et nous propose le fruit de ses réflexions dans cet essai bien dense qui amène à se poser bien des questions sur notre époque. Après avoir vu s’imposer dans le champ littéraire le « Narcisse romancier », sommes-nous en train d’assister à la naissance du « Narcisse historien » ? Traverso se penche sur le phénomène dont il situe les origines dans les années 1980 avec l’avènement du néolibéralisme et les prémisses de l’ego-histoire. Après s’être intéressé aux questions de mémoire, les historiens se mettent à réfléchir à leur propre parcours. On assiste peu à peu à une multiplication des autobiographies d’historiens, puis à une montée du subjectivisme affirmée et assumée de leur part. Si cela est à la fois symptomatique et la conséquence du présentisme dans lequel s’inscrit notre époque, cela a également pour avantage de ramener une dimension narrative au genre historique qui s’était petit à petit estompée avec l’avènement de l’histoire sociale. Une réflexion intéressante sur la façon dont on pense et écrit l’histoire à l’heure actuelle.

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