14 février 2021 : Les martyrs des temps modernes – Evangile de la Cananéenne – Les pépites rapportées par Jean Moschos (3/3)

 
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CHANTS

« RAMA musique de l’Eglise orthodoxe d’Ethiopie » par le groupe Rama, ensemble composé de prêtres, de diacres et de debteras ; le debtera est une sorte d’oblat – enregistré en la cathédrale de la Sainte Trinité à Addis Abeba, en Ethiopie – Fonti Musicali – 2000.

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INTRODUCTION de Victor Loupan

Les martyrs des temps modernes

Dimanche dernier, les Russes fêtaient les nouveaux martyrs de la foi. En l’occurrence, les innombrables victimes du communisme martyrisées pour avoir refusé de renier le Christ. Dans son homélie, en la cathédrale St Alexandre Nevski rue Daru à Paris, Mgr Jean a rappelé un des apophtegmes des Pères du désert. Vous savez, ces apophtegmes sont un ensemble de préceptes, d’anecdotes et de paroles, transmis par les ermites et les moines du désert égyptien au IV siècle. Cet apophtegme que nous a raconté Mgr Jean met en scène deux moines, un Ancien et un jeune. Le jeune interpelle l’Ancien, en lui disant : « Père, vous ne menez déjà plus l’ascèse terrible des premiers ermites. Et notre ascèse est moindre que la vôtre. Que se passera-t-il à la génération suivante ?! » Pour mieux comprendre cette interrogation, il faut savoir que les premiers ermites qui sont allés dans le désert égyptien, notamment St Paul de Thèbes qui fut le premier, St Antoine, St Macaire, St Siméon le Stylite, etc., ces premiers ermites se considéraient déjà comme le jeune moine de l’apophtegme. Quand l’empereur Constantin a arrêté les persécutions en 313 par l’Edit de Milan, le martyre rouge a cessé, et ces ermites sont allés dans le désert pour y vivre un autre martyre qu’ils ont appelé le martyre blanc, fait de privations terribles. Mais écoutez la réponse de l’Ancien au jeune moine : « Oui, l’ascèse des premiers ermites étaient plus forte que la nôtre et la vôtre est encore plus légère. Mais viendra un temps où le fait prononcer le nom de notre Seigneur Jésus Christ sera la plus terrible des ascèses. » Quelle prophétie ! Elle désigne tous les martyrs du XX siècle et ceux de l’islamisme aujourd’hui.

EVANGILE ET HOMELIE par le Père Marc-Antoine Costa de Beauregard

La Cananéenne (Matthieu 15, 21-28)

En ce temps-là Jésus partit de la région de Génésareth et s’en alla dans la région de Tyr et de Sidon. Et voici qu’une femme cananéenne de cette contrée vint à lui et s’écria : « Miséricorde, Seigneur, Fils de David ! Ma fille est tourmentée par un esprit mauvais ! » Mais Jésus ne répondit pas un mot. Ses disciples s’approchèrent de lui et lui demandèrent : « Renvoie-la, car elle ne cesse de nous suivre en criant. » Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » Mais la femme vint se prosterner devant lui et dit : « Seigneur, aide-moi ! » Jésus répondit : « Il n’est pas bien de prendre la nourriture des enfants et de la jeter aux chiens. – C’est vrai, Seigneur, dit-elle, et même les chiens mangent les miettes de ce qui est tombé de la table de leurs seigneurs. » Alors Jésus lui répondit : « Oh ! Grande est ta foi ! Qu’il t’advienne selon ce que tu veux. » Et sa fille fut guérie dès cette heure-là.

* * *

Homélie : En ce temps de préparation au saint et grand carême de Pâques, la figure de la Cananéenne est emblématique. L’Esprit saint nous propose d’y reconnaître chaque fidèle qui, de façon toute personnelle, se présente devant le Christ invisiblement présent et lui avoue l’impureté de sa vie. Cette démarche est un des principaux contenus du sacrement de la confession ; et la réponse du Seigneur correspond à une absolution, à ce déliement dont le charisme a été confié aux Apôtres et à leurs héritiers. Telle peut être notre entrée dans le Carême : préparons-nous à faire une confession sincère, à dire la vérité sur nous-mêmes et à implorer avec insistance la guérison de notre âme. Celle-ci est malade des conséquences du péché. La maladie de l’âme et du corps n’est pas une fatalité, elle n’est pas le fruit du hasard, elle n’est pas un châtiment juridique, elle n’est pas non plus, ou seulement, la conséquence organique de disfonctionnements corporels ou d’une mauvaise alimentation. La maladie et la souffrance, comme la mort elle-même, ces désordres dans la Création, sont des conséquences du péché, c’est-à-dire d’une interruption plus ou moins grave de la circulation de la grâce depuis sa source divine jusqu’aux profondeurs de notre être. Le péché dégrade notre relation avec le Créateur. Ses conséquences ressemblent à ce qui se passe en cas de déconnexion d’un circuit : l’alimentation du système est interrompue et le système se détériore, il tombe en panne, ou il se détruit. Dans le cas de l’homme et de la Création, le système se corrompt ou se décompose. Il y a quelques dimanches nous avons reconnu dans la lèpre une figure des conséquences du péché : insensibilité au mal et décomposition. Un mouvement de la conscience, dont la Cananéenne donne l’exemple, consiste à constater honnêtement les dégâts produits dans l’homme intérieur par cette rupture, ou cette oblitération, des canaux naturels par lesquels passent la grâce et la communication divines. La perte de la familiarité divine, qui est un des symptômes du péché et de la mort, est ce qui sera en premier restauré par la confession de nos péchés. La décision d’être vrais devant Dieu pousse la porte que notre péché avait pu fermer. Nous nous ouvrons au Seigneur de cette façon, de façon plus ou moins pressante. Et le Seigneur, qui n’attend que cela, et qui ne veut pas se substituer à notre décision pour ne pas détruire la liberté qu’Il a Lui-même créée, accueille notre supplication. A nous comme à la Cananéenne, Il dira mystérieusement : « Grande est ta foi ! Qu’il t’advienne selon ce que tu veux ! » Le miracle de l’absolution, qui met la mort à mort, qui délie les fautes et rétablit la circulation des énergies divines dans la familiarité divino humaine, résulte de la rencontre de la volonté humaine et de la volonté divine. Pendant le grand Carême, nous allons apprendre cela : vouloir ce que Dieu veut ! Aimer ce qu’Il aime ! Or, que veut le Seigneur, si ce n’est le Salut de sa créature, son bonheur, son épanouissement, sa joie, la santé de son âme et de son corps ? C’est tout ce que cette belle créature souhaite pour elle-même et pour ses proches, pour ses ennemis eux-mêmes et pour le monde entier. Apprenons à vouloir ce que le Seigneur veut pour nous et nous connaîtrons la santé, la sainteté et le Salut en ce monde et dans le monde qui vient !

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

Les pépites rapportées par Jean Moschos (3/3)

Nous parlions des apophtegmes, en début d’émission. Les pépites de Jean Moschos en font partie. Ce sont ces paroles d’Anciens qui « nourrissent l’âme », comme il dit. En voici encore quelques-unes que Jean Moschos a récoltées à la laure de Saint Gérasimos, près du Jourdain, écoutez bien :

« Un frère demande à abba Olympios : ‘‘Dis-moi une parole.’’ Et l’abba lui répond : ‘‘Ne fréquente pas les hérétiques. Maîtrise ta langue et ton ventre. Et, où que tu demeures, dis sans cesse : ‘Je suis de passage, je suis de passage, je suis de passage.’’’ »

« Un autre frère rend visite au même abba Olympios et lui dit : ‘‘Comment peux-tu rester ici avec une telle chaleur et tant d’insectes ?’’ Abba olympios lui répond : ‘‘Je supporte les insectes pour échapper au ver qui ne s’endort jamais, et dont notre Seigneur nous a dit de nous méfier. Pareillement j’endure cette chaleur par crainte du feu éternel. En effet, ce mal-ci est temporaire, alors que celui-là est sans fin.’’ » Voilà un conseil dont nous ferions bien de nous inspirer, au lieu de geindre quand la canicule arrive !

« Un jour, arrive un frère étranger à la laure. Il va voir l’higoumène, abba Alexandre, et lui dit : ‘‘Abba, je veux me retirer de l’endroit où je réside, parce que je souffre d’acédie.’’ [L’acédie est un des dangers spirituels qui guette le moine. C’est un état de découragement et d’abattement où l’âme est désorientée et sans but.] Abba Alexandre lui répond : ‘‘En général, mon enfant, c’est le signe que tu n’as à l’esprit ni le châtiment éternel, ni le royaume des cieux, car sinon tu ne souffrirais pas d’acédie.’’ »

Et voici un troisième apophtegme qui s’est passé dans la nouvelle église de sainte Marie Mère de Dieu. Il y avait près de là un ermite abba Théodosios l’hésychaste. Lorsque l’hiver arrive, l’higoumène apprend qu’abba Théodosios n’a pas de manteau et il lui en achète un. Mais un jour où Théodosios dort avec son manteau sur une pierre, des bandits arrivent, le forcent à se lever pour lui prendre son manteau et s’en vont. Quand cela se produisit, l’Ancien ne prononça pas un seul mot. » Ca, c’est vraiment un exemple de la maîtrise de soi que les pères du désert cherchaient à atteindre ! « Et le disciple de cet abba Théodosios raconta à Jean Moschos comment il vivait : ‘‘Durant 35 ans, cet ancien est resté solitaire, en jeûnant deux jours sur trois et en observant un silence total, sans jamais parler à personne. S’il devait dire quelque chose, il se manifestait par signes. J’en ai été moi-même témoin pendant les dix années que j’ai vécues avec lui dans la laure des Eliotes !’’ »

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