Philippines: le retour du clan Marcos au pouvoir favorisé par les infox

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Cette semaine aux Philippines, le clan Marcos a pu savourer sa victoire. Ferdinand Marcos Junior, fils du dictateur déchu en 1986 a remporté une large victoire. Il s’apprête à rejoindre le palais dont son père a été chassé après 20 ans d’un règne autoritaire et sanguinaire, ayant permis à la famille d’accumuler des milliards de dollars. C’est l’histoire d’un retour en grâce favorisé par les infox et la propagande sur les réseaux sociaux. Le travail de sape de la mémoire relative aux années de pouvoir autoritaire de Ferdinand Marcos, entre 1965 et 1986, a pris des décennies. Mais il semble bien avoir porté ses fruits avec l’élection du fils, surnommé Bong Bong Marcos (BBM), à la tête de l'État philippin. Tout en demandant à être jugé sur ses actes, le président élu se réclame ouvertement de l’héritage d’un Marcos Senior transformé en héros. Les défenseurs du clan Marcos ont réussi un véritable tour de force. Ils ne se sont pas contentés d’évincer le souvenir des victimes de torture et de l’extrême pauvreté des populations pendant que le régime détournait des milliards de dollars, ils ont aussi réhabilité l’image du patriarche sur les réseaux sociaux. À titre d’exemple, parmi des milliers de comptes de soutiens à la candidature de Marcos Junior, on trouve sur Tik Tok @bbm.marcos, une collection de vidéos à la gloire du clan et de son candidat, mais aussi de son père, que l’on entend tenir des propos en totale contradiction avec les faits connus de corruption, ayant d’ailleurs valu à sa veuve Imelda Marcos une condamnation à 42 ans de prison en novembre 2018. « Je peux vous le dire, nous n’avons jamais pris l’argent du gouvernement pour nos dépenses personnelles. Si nous l’avons fait, nous avons immédiatement remboursé. J’ai commis de nombreux pêchés dans ma vie, mais voler l’argent du peuple, ou du gouvernement, ça non. » Ferdinand Marcos senior, mort en 1989, bien avant la naissance des réseaux sociaux, peut ainsi s’exprimer en toute impunité sur Tiktok. Ce n’est qu’une illustration de la campagne qui depuis des années vise à redorer le blason de la famille en vue de son retour aux affaires. Le clan Marcos blanchi sur les réseaux Derrière la campagne de désinformation, il y a cette idée que les Marcos sont immensément riches, et vont pouvoir distribuer de l’argent à tous ceux qui en ont besoin. Mais d’où proviennent ces richesses ? Le narratif des partisans du clan Marcos vise à faire oublier la corruption rampante et les détournements de fonds au profit du clan dans les années 1970-80. Le site philippin en ligne Rappler a retracé toutes les étapes de cette stratégie de désinformation. Plusieurs narratifs circulent. Tous concourent à expliquer que Marcos Senior était riche avant son arrivée au pouvoir en 1965. Parmi les histoires les plus populaires, celle d’une fortune reçue des descendants de la famille royale Tallano, supposée avoir régné dans les temps pré-coloniaux, mais aucun historien n’a pu trouver le moindre élément permettant de corroborer cette thèse. D’autres affirment que Ferdinand Marcos aurait accaparé un trésor tombé aux mains du général japonais Yamashita à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Aucune preuve ne vient non plus étayer cette version des faits. Mais les historiens ont tardé à se pencher sur ces thèses fantaisistes, du fait même de l'absence de fondements de ces affirmations. Elles ont donc eu tout le temps de se répandre. En fait, les journalistes philippins qui travaillent depuis quelques années à tenter de sauver ce qu’il reste de la mémoire relative aux exactions commises par le clan Marcos, témoignent de nombreuses difficultés. Co-fondatrice de Rappler, la journaliste Maria Ressa, lauréate du Prix Nobel de la paix, en fait l’amère expérience. La notoriété conférée par ce prix n’a pas diminué les attaques menées contre elle et son médias, bien au contraire, les pressions et les poursuites à leur encontre se sont multipliées. Lors d’une interview accordée à l’AFP à quelques jours du scrutin, Maria Ressa estimait la victoire électorale de Marcos Junior quasiment acquise, grâce à ce travail de falsification et de réécriture de l’histoire. « C’est le problème avec les réseaux sociaux », affirme Maria Ressa, « cela permet à la propagande de prospérer au bénéfice de personnalités comme Marcos, ou Bolsonaro, qui ignorent les contre-pouvoirs … et fabriquent leur propre version de la réalité. » De fait, le candidat BBM a pris soin d’éviter tout débat contradictoire. Il a également très peu répondu aux questions des journalistes. Mensonges et contradictions Quant au mystère entourant la fortune du clan Marcos, on observe que les membres de la famille eux mêmes changent de narratif en fonction des événements. En 2013, Ia veuve Imelda Marcos a pris ses distances avec la légende circulant sur les réseaux, en affirmant à la télévision que son mari avait investi dans l'or au tout début de sa carrière, et que désormais elle pourrait en faire profiter le monde entier. 2013, est aussi l’année où la justice philippines a fini par abandonner les recherches des fonds détournés par les Marcos, après avoir réussi à récupérer 4 milliards d’une fortune totale évaluée à 10 ou 12 milliards de dollars. Il faut dire qu’après le retour d’exil au début des années 1990, le clan est également revenu aux affaires, et c’est l’impunité qui a pris le dessus. Si bien qu’ en janvier dernier, alors que l’on se rapprochait de l’échéance électorale, le candidat BBM - Bong Bong Marcos préférait admettre, pour sa part, que de sa vie, il n’avait jamais vu cet or.

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