Les dessous de l'infox, la chronique - Infox au Burkina Faso, images détournées de victimes du terrorisme

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Au début de la semaine, l’état-major burkinabè annonce le démantèlement de trois bases terroristes dans le secteur Est du Burkina Faso, lors d’opérations qui se sont déroulées entre les 14 et 16 juin. Mais sur les réseaux un récit falsifié circule, accompagné de photos n’ayant rien à voir avec cette actualité. Les clichés de victimes du terrorisme sont détournés à des fins de propagande. Chronique réalisée en partenariat avec Solène Gardré de l’EPJT, École publique de journalisme de Tours. Le contexte de tension lié aux attaques terroristes qui se multiplient au Burkina Faso est propice aux manipulations de l’information sur les réseaux, comme on a pu le constater cette semaine. Les infox se répandent alors à partir d’éléments factuels recyclés et transformés pour produire un récit alternatif, visant d’autres objectifs que l’information du public. Ce lundi 21 juin, l’état-major burkinabè communique sur des opérations antiterroristes menées du 14 au 16 juin. Le communiqué officiel cité par l’AFP fait état d’un bilan de 11 jihadistes tués dans le secteur Est du Burkina Faso. L’état-major précise : « de l’armement, des munitions, plusieurs motos et des moyens de communication ont été récupérés ». Fausses révélations et instrumentalisation des victimes Dans la foulée, sur les réseaux, un autre récit commence à circuler, avec des photos censées illustrer ces prises, auxquelles sont ajoutés les clichés de plusieurs personnes gisant à terre, les corps criblés de balles, accompagné de ce message : « Du jamais vu en Afrique, l’armée burkinabé attaque des terroristes en pleine formation par des Européens. […] Une trentaine de terroristes abattus, dont trois Français clairement identifiés […] Jusqu’à cet instant, aucune radio occidentale, ni le gouvernement français ne se sont prononcés sur ce carnage. » Le message circule sous cette forme sur WhatsApp, et on le retrouve sous des versions légèrement modifiées, mais avec les mêmes photos, sur Tweeter. L’une des publications va jusqu’à évoquer l’implication de la DGSE et dénonce la « Françafrique ». Plusieurs sites internet francophones reprennent ce narratif. L’utilité de la recherche d’image inversée Or, une simple recherche d’image inversée, (si vous ouvrez ce lien, cliquez sur l'icône photo et rentrez le fichier contenant l'image) permet de détecter la falsification. Le moteur de recherche va retrouver les toutes premières occurrences de la photo sur internet. En faisant une capture d'écran des photos reçues sur WhatsApp, l'on constate que les clichés utilisés ne correspondent pas au récit véhiculé sur les réseaux. La plupart de ces photos – rangée de motos et munitions, corps de trois hommes criblés de balles – n’ont en fait rien à voir avec les événements récents. Ils ont été publiés pour la première fois les 26 et 27 avril derniers. Les hommes gisant à terre ont été effectivement identifiés, mais ce ne sont pas des expatriés français, comme on peut le lire sur les posts relayés sur Twitter et WhatsApp. En réalité, ce sont deux journalistes espagnols et un Irlandais, à la tête de l'ONG Chengeta Wildlife, qui défend la faune sauvage. La presse internationale s’était intéressée à leur sort le 27 avril dernier, lorsqu’ils ont été retrouvés morts, assassinés par les terroristes qui ont tendu une embuscade à l'unité anti-braconnage qu'ils accompagnaient. Ils étaient en repérage pour tourner un documentaire sur la protection des animaux. Ils suivaient une patrouille de militaires et de forestiers burkinabè en opération contre le braconnage. Contrairement à ce que prétendent les auteurs des posts sur Twitter et WhatsApp, les médias ont relaté cet événement. Il y a eu des témoignages de leurs proches et une déclaration du Premier ministre espagnol, lorsque les corps ont été retrouvés. Il n’y a donc aucune raison de les présenter comme « des Européens travaillant à former des terroristes » si ce n’est à des fins de propagande. Ce n’est pas la première fois que les images des corps de ces victimes sont ainsi détournées. Début mai, un site internet nigérian les publie en illustration d'un récit alternatif. Il s’agit cette fois de faire passer ces personnes pour des Européens tués lors d’une opération de l’armée nigériane contre des terroristes de Boko Haram. Cette fois, l’auteur de l’article les présente comme des hommes qui livraient des armes à Boko Haram. L’assassinat des trois Européens a donc été instrumentalisé sur un site anglophone, avant d’être transposé en français plus d’un mois après dans un tout autre contexte. La marque de fabrique de l’infox Avant même de procéder à une vérification de l’authenticité de ces publications, plusieurs indices montrent qu’il peut s’agir d’un contenu falsifié. Le message annonce la couleur, en recourant à cette formule : « Du jamais vu en Afrique » ! Son auteur promet de dévoiler quelque chose d’extraordinaire qu’aucun grand média n’a publié. C’est souvent la marque de fabrique des infox. Le but est avant tout d’attirer l’œil sur des liens qui renvoient ensuite vers des sites internet douteux, mélangeant le vrai et le faux. Ils fonctionnent comme des pièges à clics pour générer des revenus publicitaires. L’objectif est double : faire de l’argent, mais aussi propager – à l’occasion – de la propagande anti-française, ou autre, au profit de tierces parties. La difficulté étant de pouvoir remonter à la source, ce que ne permet pas un réseau comme WhatsApp. C’est inhérent à son fonctionnement, c’est son modèle économique. WhatsApp permet, par son cryptage, un niveau de confidentialité élevé, mais ce qui fait sa force est aussi son point faible, la plateforme permet ainsi de relayer et d’amplifier des infox sans que l'on puisse détecter l'auteur original de la manipulation.

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