Désinformation et incitation à la haine gangrènent l’internet au Mali

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Au Mali, un nouveau type de vidéos à visée propagandiste a fait son apparition, mélange de faits réels, d’infox et d’appels à la haine envers tous ceux qui émettent des critiques envers le régime de transition. Au-delà de l’apologie du colonel Assimi Goïta, ces publications partagent un même culte de la Russie et de ses soldats élevés au rang de héros libérateurs. Autre point commun, l’anonymat qui entoure ces productions. C’est l’apanage des réseaux sociaux et en particulier des groupes privés, la désinformation circule sans qu’il soit possible de remonter aux sources, de repérer les auteurs ou médias à l’origine de ces vidéos, véritables OVNI de la galaxie de la désinformation en ligne. Tout est fait pour brouiller les pistes. L’anonymat est le point commun de ce type de production qui inonde les réseaux et notamment WhatsApp en Afrique comme dans le reste du monde. La guerre informationnelle est asymétrique, d’un côté des médias parfaitement identifiés attaqués par un bataillon d’obscurs désinformateurs opérant sous camouflage. Un bref générique sans logo identifiable, l’apparition furtive d’une présentatrice, un peu floue prononçant ces mots « Bienvenu au journal flash information », c’est en réalité un deep fake, une image générée par l’intelligence artificielle, tout comme l’est la voix off qui débite ensuite sur un ton monocorde le commentaire associé au diaporama ou à la vidéo. Les modules sont de facture grossière, produits en quantité industrielle, ce qui permet de penser que l'activité rapporte. Recyclage d’images sorties de leur contexte En général, les images qui défilent ne correspondent pas à ce qui est raconté. Pour s’en rendre compte, il suffit de faire des captures d’écran à divers moments du diaporama ou de la vidéo et de procéder à une recherche d’image inversée. En rentrant ces fichiers dans les logiciels de recherche d’image, Google, Yandex ou Tin Eye, on obtient des informations sur leurs précédentes occurrences sur internet, ce qui permet de constater que l’on a à faire à une fabrication, une sorte de faux reportage visant uniquement à faire passer un message qui n’a qu’un lointain rapport avec la réalité. Un faux reportage publié dans un journal inexistant. Par exemple, l’une de ces vidéos récentes prétend dévoiler « une opération secrète russo-malienne » qui aurait permi de « neutraliser 107 terroristes » dans le nord du Mali, où l’on nous explique qu’en moins d’un mois grâce à la collaboration avec les Russes, on est sur le point de mettre fin à la guerre. Mais les photos censées illustrer ce propos montrent en fait des soldats de l’ONU dans la région de Mopti il y a trois ans. Quant aux soldats russes juchés sur un blindé, c’est une photo que l’on retrouve dans un rapport du Warsaw Institut, think tank polonais qui a publié une étude sur les « mercenaires russes au service du Kremlin ». Selon ce rapport, la scène se déroule en Libye, la photo est antérieure au mois d’août 2019, date de publication du rapport. Une autre photo montrant un blindé russe surmonté du drapeau de la Russie, est un cliché maintes fois utilisé comme illustration de l’implication des mercenaires de Wagner en Russie, dès 2015, photo recyclée également au sujet de leur présence en RCA, puis finalement au Mali. La recherche d’image inversée est un moyen imparable de comprendre qu’il y a manipulation. Au lieu de venir conforter le récit, l’image n’est qu’un outil servant à construire un narratif alternatif, en lui donnant un semblant de réalité. Eléments factuels altérés La vidéo affirme se référer au communiqué du 17 janvier 2022, signé par le Directeur de l’information et des relations publiques des Armées du Mali, le colonel Souleymane Dembele. Il est facile de retrouver ce communiqué, publié sur la page Facebook des Forces armées maliennes. Vérification faite, le communiqué relate des événements qui se sont déroulés en zone Sud et Centre, dans le cadre de l’opération « Keletigui », où les Forces armées maliennes ont remporté des succès, mais il n’est question ni du Nord Mali, ni d’une quelconque implication russe. Et le bilan global n’a rien à voir avec ce que prétend la vidéo. La désinformation au service d’un agenda politique Le message est clair, la voix off réclame le départ de Barkhane, des Européens de Takuba et de la Minusma. Un agenda qui se double de menaces à peine voilées contre un certain nombre d’opposants, taxés de traitres, criminels, et autres satans accusés de faire le jeu de la France contre le peuple malien, parce qu’ils plaident pour un retour des civils au pouvoir. Le vocabulaire employé, et le recours au registre de l’émotion ou de l’affectif est un autre point commun à ces vidéos. La voix off s’adresse directement à la personne visée en lui disant, « tu n’aimes pas ton pays » ou « tu n’aimes pas ton peuple ». Un opposant est qualifié de « drogué », un autre de pervers sexuel auquel on prête toute sorte d’aventures extra-conjugales, c’est la méthode bien connue du kompromat à laquelle recours la propagande russe pour compromettre des personnes jugées gênantes pour le pouvoir en place. Sans qu’il soit possible d’identifier les auteurs de ces campagnes de dénigrement, leur source d’inspiration converge vers la Russie de Poutine et certains de ses puissants oligarques, impliqués sur le terrain militaire et informationnel. En toile de fond du récit propagé à travers ces vidéos non siglées, on perçoit une tentative d’isoler le Mali du reste de la communauté internationale au profit des seuls intérêts d’acteurs russes, dont on le lien avec le Kremlin n’est même pas assumé.

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