L'Épopée des musiques noires - Robert Johnson, le blues est un roman

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L’année 2021 marque le 110ème anniversaire de la naissance du bluesman Robert Johnson dont la saga a suscité de nombreux écrits au fil des décennies. Ces derniers mois, plusieurs ouvrages ont, à nouveau, conté l’histoire épique de ce fascinant guitariste. Les biographies ne manquent pas, mais rendre son épopée palpitante et crédible est devenu une vraie gageure. Jonathan Gaudet a choisi de romancer l’aventure tumultueuse d’un homme noir effronté, indomptable, pétri de talent, bousculé par la vie et trop tardivement célébré. "La ballade de Robert Johnson" (Ed. Le mot et le reste) est le film d’une existence fugace qui parvient toujours à nous émouvoir et à nous interroger. Né le 8 mai 1911 au cœur du Mississippi, Robert Leroy Johnson a longtemps été décrit comme un personnage énigmatique, dont la légende tenace veut qu’il ait croisé le diable et vendu son âme en échange d’une virtuosité guitaristique incontestable. Cette fable ne repose évidemment sur aucun fait avéré, mais perdure malgré tout dans l’esprit des conteurs du blues. La réalité est tout autre et, même si des zones d’ombre subsistent, la vie de Robert Johnson fut beaucoup moins romanesque qu’elle ne le fut présentée. Confronté à la dureté de l’Amérique raciste du début du XXe siècle, ce jeune Afro-Américain de la campagne sudiste dut batailler pour exister et faire valoir son talent. Bien qu’il ait imaginé l’épopée de Robert Johnson, Jonathan Gaudet a longuement étudié les archives, les écrits, les documents audiovisuels, pour narrer au plus près l’aventure humaine présumée de son héros. Les conditions sociales misérables de la communauté noire, il y a un siècle, posent le décor de cette évocation très crédible qui nous plonge dans un passé douloureux rythmé par les petites gloires et les terribles désillusions. Coureur de jupons, esprit frondeur, trublion fougueux, Robert Johnson semble courir après le temps sous la plume admirative de l’auteur-scénariste. Il s’agit bien ici d’une vision théâtrale ou cinématographique d’une destinée unique voulue par Jonathan Gaudet. Les scènes d’enregistrement à San Antonio et Dallas en 1936 et 1937 sont presque palpables tant le souci du détail et la cadence littéraire nous transportent aisément à cette époque lointaine. Bien que sujette à controverses, la disparition de Robert Johnson en août 1938 rejoint, dans l’imaginaire de Jonathan Gaudet, la thèse la plus souvent envisagée : l’empoisonnement. Cette liberté d’interprétation du réel chiffonnera certainement les partisans de l’authenticité biographique mais qu’importe… Redessiner les contours d’une vie n’altère pas sa valeur. Jouer avec les moments-clé d’une époque révolue participe à sa vigueur présente. Certes, Robert Johnson ne foula jamais la prestigieuse scène du Carnegie Hall de New York mais il était bien là, ce 23 décembre 1938, invisible mais perceptible, absent mais incontournable, dans le feu des projecteurs mais poussière d’étoiles au firmament du blues. "La ballade de Robert Johnson", de Jonathan Gaudet, aux éditions Le mot et le reste ► À lire également : - "Et le diable a surgi, la vraie vie de Robert Johnson" - "Growing up with Robert Johnson".

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