L'Épopée des musiques noires - La voix d’Ella ne flétrit pas

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Il y a 25 ans, le 15 juin 1996, la chanteuse afro-américaine Ella Fitzgerald disparaissait à l’âge de 79 ans. Son épopée, brillamment restituée par Steven Jezo-Vannier dans son dernier ouvrage paru aux éditions Le Mot et Le Reste, fascine, émeut, surprend, passionne et scintille au-delà des temps. Sa voix précise et enchanteresse ne s’est jamais flétrie. Malgré d’innombrables revers, la "First Lady of Swing" conserva ce goût inné pour le chant et la scène. Le racisme, les humiliations, sa santé chancelante, ses propres doutes, n’effritèrent jamais son obstination d’égayer son public. De ses premiers pas aux côtés du batteur Chick Webb à ses dernières apparitions lors de soirées honorifiques, sa maîtrise vocale fut exceptionnelle. Ella Fitzgerald fut, sans nul doute, la plus grande interprète de l’histoire du jazz ! Bien qu’elle se destinait à la danse, Ella Fitzgerald trouvera dans l’art vocal une forme d’expression suffisamment flexible pour soulager ses maux et apaiser ses doutes. Lumineuse sur scène, elle peinait en coulisses à croire en son talent. Ce manque de confiance viscéral ne fut que partiellement guéri par la bienveillance de partenaires compréhensifs et attentifs. Chick Webb fut son premier chaperon. Il ne parvint cependant pas à accompagner longtemps le développement artistique de sa jeune recrue. Il perdra la vie, en 1939, seulement cinq ans après avoir accueilli et révélé la future reine du scat afro-américain. Au fil des années, Ella Fitzgerald s’en remettra aux conseils de son entourage proche. Ainsi, au tournant des années 50, le producteur Norman Granz prendra soin, à son tour, de guider les pas d’une incroyable interprète. Il confiera à Ella Fitzgerald la mission périlleuse de chanter le grand répertoire américain populaire, les airs de George Gershwin, Cole Porter, Jérôme Kern, Irving Berlin. Pétrie de swing, elle revitalisera avec goût des œuvres légendaires et les sublimera. Peu diserte sur la condition des Noirs aux États-Unis, Ella Fitzgerald préférait laisser parler son âme en jouant avec la fougueuse limpidité de sa voix. L’engagement citoyen protecteur de son producteur dans l’Amérique raciste du XXe siècle lui évitera parfois de dénoncer trop ouvertement les dérives d’une société inégalitaire. Capable de se fondre dans tous les styles de musique, de la bossa nova à la soul-music, elle se servira insidieusement de certaines compositions empruntées aux artistes en vogue pour faire entendre son courroux. Sa relecture du classique de Marvin Gaye, What’s going on, sera sa contribution indirecte à l’effort de justice sociale de la communauté noire. Ella Fitzgerald savait ce qu’une chanson pouvait provoquer dans l’inconscient collectif. Depuis sa naissance en 1917, elle avait affronté maintes fois les revers de l’existence mais la musique l’avait préservée de l’aigreur et de la colère. Ella Fitzgerald ne vivait que par et pour son public. Elle ne voulait pas entendre que les tournées incessantes et les nombreuses séances de studio usaient progressivement son corps vieillissant. La scène fut sa passion, la flamme qui scintillait en elle. Sa voix résonne toujours dans notre oreille comme une inspiration heureuse à aller de l’avant. → Le site d'Ella Fitzgerald → Ella Fitzgerald "Il était une voix en Amérique"

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