Filmer, oeuvre de justice

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Filmer, œuvre de justice. En 1961, se déroule à Jérusalem le procès du criminel nazi Eichmann. Premier procès filmé. C’était la première fois qu’on enregistrait intégralement en vidéo un procès. Impérieuse nécessité de laisser à l’avenir cette terrible trace. Robert Badinter imaginait-il, à son tour, à quel point il allait faire œuvre d’historien quand, garde des Sceaux, il a autorisé en 1985 la captation de tout procès ayant « un intérêt pour la constitution d’archives historiques » ? D’autant plus aujourd’hui à l’heure des faussesnouvelles et des théories complotistes. Filmer, non pour le sensationnel macabre, mais pour les futures générations et pour la justice. En juillet 1987, le Procès de Klaus Barbie, premier procès tenu en France pour crime contre l'humanité, sera le premier à être filmé. Il était inimaginable, pour R. Badinter, qu’il ne reste pas gravé à jamais sur une pellicule à destination des citoyens de demain. Les 145 heures du procès ont été conservées, heures d’émotion, de douleurs sans limite, de gravité extrême. Avec ces images, quand il n’y aura plus de témoins oculaires, personne ne pourra dire que ces faits-là, détaillés et glaçants, n’ont pas existé. Aujourd’hui, en filmant le procès des attentats de 2015 contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, en mémoire des 17 victimes tuées, des blessés, de tous leurs proches, ce sont les futures archives que l’on constituent. Indiscutables et infalsifiables. Tout est filmé, rien n’est coupé car il faut garder toutes les traces, toutes les preuves, tous les mots, tous les regards droits comme ceux qui se dérobent, toutes les mains qui tremblent, tous les silences. «Un procès est fait pour que la justice soit rendue », dit Robert Badinter. Ces films sont une des manières pour que justice soit rendue, devant l’histoire et l’avenir. Afin que la société se souvienne de ce qui fait son socle : ne pas devenir une brute. « L’attaque contre l’équipe de Charlie Hebdo est un assassinat prémédité, organisé - disait R. Badinter il y a quelques jours. C’est aussi un crime majeur contre la liberté d’expression. C’est pourquoi ce procès est d’une importance extrême. C’est la liberté d’expression qui a été punie de mort. Dans l’exécution des otages de l’Hyper Cacher, c’est la haine des Juifs qui se manifeste à nu avec une violence inégalée depuis la Shoah. Dans tout procès, il importe de mettre au jour ce qui inspire le criminel. Ici, c’est le fanatisme et l’antisémitisme. Il faut que ce procès des crimes à Charlie Hebdo et dans l’Hyper Cacher ait lieu, et il faut en garder la trace filmée. » Filmer, pour ne plus pouvoir se faire croire que cela n’aurait pas été. Filmer, comme une justice rendue à l’humanité. Véronique Margron op.

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