Jérusalem : un déjà vu sanglant / Mitterrand : l’inventaire est amer / n°193 / 16 mai 2021

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Par LeNouvelEspritPublic and Philippe Meyer, découvert par Player FM et notre communauté - Le copyright est détenu par l'éditeur, non par Player F, et l'audio est diffusé directement depuis ses serveurs. Appuyiez sur le bouton S'Abonner pour suivre les mises à jour sur Player FM, ou collez l'URL du flux dans d'autre applications de podcasts.

JÉRUSALEM : UN DÉJÀ VU SANGLANT

Après un mois de tensions, Jérusalem s'est de nouveau embrasée les 23 avril, après une manifestation du mouvement d’extrême droite Lahava, à l’entrée de la vieille ville. Les Palestiniens ont répondu à ce qu’ils ont considéré une provocation. Les forces de polices sont intervenues pour garantir « la liberté d’expression » et le « droit de manifester » de Lahava .Des cris de mort aux Arabes ont été proférés.

En dehors de ces affrontements, le cœur des griefs qu'expriment les Palestiniens et les Arabes israéliens depuis des semaines porte sur la menace d'éviction, par la justice israélienne, de plusieurs familles d’un quartier limitrophe de Jérusalem-est, Cheikh Jarrah, au profit de colons juifs

Conquise en juin 1967 par l’armée israélienne et annexée dans la foulée, la partie orientale de Jérusalem s’est depuis lors régulièrement trouvée au cœur de flambées de violence. La part de la population arabe est passée d’un peu plus de 25 % en 1967 à près de 40 % aujourd’hui. Dans la Vieille Ville, la présence juive demeure très minoritaire, à10%, malgré le soutien des autorités à l’entreprise de colonisation. Comme tout habitant de la ville, les Palestiniens paient des impôts à la municipalité contrôlée par Israël. Pourtant, seuls 10 % du budget municipal sont consacrés aux dépenses publiques de Jérusalem-Est. Cette différence d'investissement se répercute sur la qualité de vie des Palestiniens. Au-delà des problèmes d'infrastructures, ils sont aussi nettement plus pauvres que les autres habitants de la ville. Plus de 70 % d'entre eux vivent sous le seuil de pauvreté, alors que le taux de pauvreté moyen en Israël est de 21,7 %. Contrairement aux citoyens arabes établis dans les frontières d’Israël,les habitants palestiniens de Jérusalem-Est doivent pour la plupart se contenter du statut de résident et ne disposent pas du droit de vote. Des citoyens arabes israéliens, qui forment 20% de la population israélienne, qui ont violement manifesté à leur tour à travers le pays, notamment en Galilée.

Washington, les Nations unies, la Jordanie, gardienne des lieux saints, mais aussi des monarchies arabes, le Qatar et le nouvel allié émirati, ont fait pression sur Israël, pour qu'il tempère des opérations policières démesurées ces derniers jours. Lundi, la Cour suprême israélienne a reporté sa décision sur les expulsions dans le quartier de Cheick Jarrah, la police a interdit aux ultranationalistes l'accès à l'esplanade des Mosquées puis à la porte de Damas, alors qu'ils y ont droit chaque année. Après une « désescalade » sensible mardi à Jérusalem, après quatre jours d'affrontements violents et des centaines de blessés, essentiellement palestiniens, depuis, une escalade militaire bien plus meurtrière a pris le relais entre les forces du Hamas à Gaza et Israël et un arabe a été victime d’un lynchage près de Tel Aviv et un Juif a été lapidé à Acre.

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MITTERRAND : L’INVENTAIRE EST AMER

Le 10 mai 1981, l’élection du président François Mitterrand a ouvert la voie à une série de réformes qui ont marqué le pays : économique avec les nationalisations ; sociales avec la retraite à 60 ans, la cinquième semaine de congés payés, l'impôt sur les grandes fortunes, le relèvement du smic, des allocations familiales et du minimum vieillesse, les lois Auroux qui renforcent les droits des salariés, la semaine de 39 heures,; sociétales avec l'abolition de la peine de mort, la consolidation de l'Interruption volontaire de grossesse, la dépénalisation de l'homosexualité… culturelles avec la création de deux nouvelles chaines de télévision commerciale et d’une chaîne de télévision européenne, le prix unique du livre, la Fête de la Musique, les grands travaux...Au bout des deux septennats, un sondage Ipsos de janvier 1996 établissait que grâce à Mitterrand, on avait progressé sur la place de la France dans le monde, la construction européenne, les libertés, la protection sociale, la lutte contre le terrorisme, mais plutôt reculé dans la lutte contre la pauvreté, l'état de l'économie, la lutte contre le chômage ou la moralisation de la vie politique.

A l’occasion des 40 ans du 10 mai 1981, la Fondation Jean-Jaurès a mené avec l'Ifop et Génération Demain une enquête sur le regard porté aujourd'hui par les Français sur l'ancien président de la République, aussi bien sur l'homme que sur le bilan de ses deux septennats. Invités à désigner le président de la Ve République qu'ils apprécient le plus, l’ensemble des Français placent François Mitterrand au 3e rang après le général De Gaule et Jacques Chirac, Si l’on ne retient que l’opinion de la « génération Mitterrand », c'est-à-dire des Français âgés de plus de 55 ans qui avaient donc au moins 15 ans en mai 1981, François Mitterrand occupe la deuxième place derrière Charles de Gaulle. 58 % des Français associent à son nom le mot « socialiste » et 53 % le terme « européen ». Les classes populaires plébiscitent en priorité les réformes sociales, puis l'abolition de la peine de mort, quand les cadres mettent en avant l'abolition de la peine de mort, les congés payés et la signature du traité de Maastricht. Au Parti socialiste, la figure de Mitterrand, ne fait plus totalement consensus. Si les conquêtes sociales sont louées, le génocide rwandais et la pente libérale sur laquelle le PS est engagé depuis 1983 sont questionnés.

Quarante ans plus tard, la gauche s'avance affaiblie et désunie vers la prochaine présidentielle. L'addition de ses forces atteint tout juste les 30 % : c’est le score de Marine Le Pen barre toute seule.

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