Le débat africain - Entretien exclusif avec Idriss Déby Itno, président de la République du Tchad

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Ce samedi 8 août 2020, le président Idriss Déby Itno était l’invité exceptionnel d’Alain Foka. Ils abordent tous les grands sujets du moment : Boko Haram, la guerre en Libye, la lutte contre le terrorisme dans le Sahel et l'armée des 3 frontières, mais aussi de son nouveau titre de maréchal, de son éventuelle candidature à la prochaine présidentielle, de l'économie tchadienne sans la manne pétrolière, de l'intégration régionale en panne en Afrique centrale, et du bilan des 60 ans d'indépendance au Tchad. Morceaux choisis. Pourquoi Idriss Déby Itno se fait-il remettre ce mardi 11 août les insignes de maréchal ? « Je suis un soldat de formation, ce n’est un secret pour personne. Je n’ai jamais demandé à être maréchal. La représentation nationale a décidé. J’ai accepté le choix de la représentation du peuple. (…) Maréchal, ce n’est pas un grade, c’est une dignité qu’on accorde à une personnalité qui a une histoire dans le fait des armes ou pour la nation. Signer moi-même pour être maréchal cela aurait été très facile, comme Bokassa l’a fait. (…) C’est la représentation nationale qui a décidé. J’ai donc accepté sa décision. » Où en est la lutte contre Boko Haram au Lac Tchad ? « Ne vous étonnez pas, nous allons encore avoir affaire avec Boko Haram pour longtemps. Les incursions qui se font vont continuer. Boko Haram va continuer ses activités dans le bassin conventionnel du Lac Tchad. Ce qui n’est pas étonnant. Mon objectif, ce n’était pas d’arrêter une personnalité quelconque de Boko Haram. Mon objectif, c’est de nettoyer la présence de Boko Haram sur le territoire tchadien, ce que j’ai fait. Ce sont des enfants de la région qui connaissent bien la région. Incursions de deux, trois, cinq personnes qui viennent faire du mal la nuit et retournent de l’autre côté de la frontière du Niger et du Nigeria. C’est difficile de contrôler cela. Mais il faut bien mettre en évidence que Boko Haram aura encore de beaux jours devant nous et fera encore beaucoup de dégâts. Jusqu’à aujourd’hui, on n’est pas arrivé à maîtriser totalement sur le terrain Boko Haram. Même si nous avons créé la force multinationale mixte, je suis désolé de dire qu’elle n’a pas suffisamment fait le travail pour nous permettre d’endiguer ce mal. C’est une question de conception, mais aussi d’opportunités sur le terrain. C’est une question aussi de coordination. » Pourquoi avoir laissé mourir dans une prison tchadienne plus de 40 civils qui, selon les défenseurs des droits de l'homme, n'avaient rien à voir avec Boko Haram ? « Ne croyez pas ce que les organisations internationales disent sur le continent africain. Si je voulais les tuer, je les laisserais là-bas sur le terrain. Personne ne m’empêcherait de les tuer là-bas sur le terrain. Je les ai amenés jusqu’à Ndjamena. Il y a une enquête qui a été faite par une institution qui est chargée des droits de l’homme. Un certain nombre de personnes ont été mises en cause. La justice a ouvert une poursuite judiciaire. Attendons maintenant que la justice fasse son travail. Comment peuvent-ils dire que ce sont des civils ? Des gens qui ont des armes à la main, en appui sur le terrain... L’armée tchadienne n’a pas cette habitude de tirer sur des civils dans toutes les opérations qu’elle a eu à mener. » En Libye, le Tchad a-t-il eu tort de soutenir ces dernières années le camp du maréchal Haftar ? « Moi, je choisis la paix pour la Libye, pour mes frères libyens et mes soeurs libyennes. Je n’ai pas choisi un camp contre un autre camp. Là où la bât blesse, ce que les gens ne disent pas : qui héberge aujourd’hui les terroristes ? Quel est le camp qui héberge et recrute des mercenaires ? Quel est le camp qui veut déstabiliser tous les pays du Sahel ? À partir de là évidemment, il est clair pour nous que nous avons intérêt à nous défendre dans les choix que nous faisons. » Que penser de l'intervention militaire de la Turquie dans le conflit libyen ? « La Turquie n’est pas le seul pays à se mettre dans la danse de la Libye. Il y a beaucoup d’agendas. Tous ces agendas ne militent pas en faveur d’une stabilité, d’un retour à la paix ou d’une réconciliation des Libyens. Au grand dam des pays du Sahel qui sont les premières victimes. Nous sommes devant une situation où nous n’avons pour nous aucune solution. Ce sont des grandes nations qui interviennent… La guerre en Libye est maintenant une guerre internationalisée. La guerre qui se mène est une guerre par procuration. Nous en avons encore pour longtemps. La communauté internationale cherche à écarter, dans le règlement de la question libyenne, l’Union africaine et les pays africains. (…) L’UE a des intérêts économiques. La Libye est un pays riche. La Libye est un pays qui produit 1 800 000 barils de pétrole par jour. Ce qui a été la cause première pour liquider Kadhafi. Aujourd’hui, qui profite de ce pétrole, est-ce que c’est la Libye ? »

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