La semaine de - Journée internationale de la Francophonie

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Au-delà des discours convenus, que peut-on répondre à ceux qui, en Afrique, se demandent à quoi correspond concrètement aujourd’hui la francophonie, pour les peuples censés avoir en partage la langue française ? Peut-être faut-il commencer par préciser qu’il y a, d’une part, l’institution, l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), et de l’autre, la langue française, que les peuples modèlent et enrichissent librement, chaque jour. L’institution est censée porter les valeurs de la francophonie, en particulier la démocratie et les droits de l’homme. Dans les faits, l’OIF a rempli cette mission avec plus ou moins de bonheur, au fil des ans. Ses exigences n’ayant pas toujours eu, partout, la même rigueur, la même vigueur, il a pu lui arriver, sans doute pour ménager tel ou tel pouvoir, de faire silence devant des atteintes graves à l’un ou l’autre de ses principes. Et, même si son expertise technique, en amont, continue d’être utile, l’on a, peu à peu, cessé de l’attendre comme ultime garante de la fiabilité des élections. En matière électorale, le prestige est entamé et, pour espérer le redorer quelque peu, il faudra surprendre, vraiment surprendre. Il y a, dites-vous, l’institution, puis la langue. Quid de la langue ? Un bel outil, devenu, de fait, le véhicule à travers lequel, ici et là, les citoyens d’un même pays peuvent se parler et se comprendre, eu égard à la multiplicité des langues nationales. Ce n’est ni bon ni mauvais. C’est simplement ainsi. Certains peuples ont appris à apprécier la beauté de la langue française, sous la plume des journalistes. C’est l’occasion de saluer, ici, la mémoire de notre confrère Adam Thiam, dont la disparition, annoncée dans la nuit du 18 au 19 mars, a ému des millions de Maliens, d’Africains qui le lisaient, ou le suivaient régulièrement à la télévision. Sa plume était puissante. Elle visait juste. Et sa dextérité dans l’assemblage des mots embellissait la langue. Adam Thiam nous manquera d’autant plus que des professionnels de sa trempe se font de plus en plus rares dans le paysage. Est-ce à dire qu’il y en a eu beaucoup, par le passé ? En Afrique francophone, quelques signatures remarquables ont indiqué la voie, dès l’aube des indépendances, et certaines ont réellement marqué l’époque. Ainsi de Bara Diouf, patron du quotidien Le Soleil, à Dakar, dont la plume était, pour beaucoup, une source d’inspiration, au-delà du Sénégal. Il en est de même de Laurent Dona Fologo, décédé le 5 février dernier, qui rayonnait à la tête du quotidien Fraternité Matin, en Côte d’Ivoire. La presse ivoirienne lui doit une diversification avant le pluralisme, avec des titres comme Ivoire Dimanche, et des signatures lumineuses, telle celle de Jérôme Carlos. Auguste Miremont, successeur de Fologo, confiera le lancement d’un quotidien du soir à un très grand professionnel, Yacouba Kébé, qui saura, à Ivoire Soir, donner leurs chances à de nombreux jeunes journalistes. Bara Diouf et Laurent Dona Fologo formaient, avec Polycarpe Johnson, patron du quotidien Togo-Presse, à Lomé, un trio de plumes imposantes, qui rayonnaient dans toute l’Afrique de l’Ouest. Ces trois amis avaient, en Afrique centrale, un talentueux alter ego, nommé Henri Bandolo, patron du quotidien national Cameroon Tribune. En dehors de ce quatuor, il y aura eu d’autres talents qui, sans disposer des mêmes pouvoirs ni des mêmes moyens, auront, en servant simplement leurs convictions, fait aimer la langue française à des millions d’Africains. Adam Thiam, en était un des meilleurs, qui, servant son pays et l’Afrique, a servi le français, sa langue de travail, avec la précision d’un orfèvre. C’est en cela que sa disparition, à la veille de la Journée internationale de la Francophonie, prend donc un sens tout particulier.

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