La semaine de - Au Niger, la victoire de Mohamed Bazoum à la présidentielle

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La Cour constitutionnelle nigérienne a confirmé cette semaine la victoire de Mohamed Bazoum à la présidentielle. Mais Mahamane Ousmane, le candidat malheureux, continue de revendiquer la victoire et promet même une résistance farouche. D’où vient donc cette impression d’une généralisation de la contestation des résultats électoraux par les perdants, partout en Afrique ? Jean-Baptiste Placca : Les contestations des résultats, pour être prises au sérieux, se doivent d’être crédibles, sans quoi, ces contestations se banaliseraient. Il faut espérer, pour Mahamane Ousmane, qu’il est lui-même convaincu d’avoir effectivement remporté cette élection, en dépit de son score décevant du premier tour et du ralliement en chœur de nombre de candidats importants à Mohamed Bazoum. S’il n’a pas des preuves irréfutables de sa victoire, au-delà de quelques incidents isolés, alors, son refus d’admettre sa défaite ne ferait que renforcer cette tendance, malheureuse, à contester systématiquement les résultats, ce qui contribue à discréditer toujours plus la démocratie, en Afrique. Il n’y a pas que sa victoire qui est contestée. Ses origines aussi le sont. Ce n'est pas un peu trop pour Mohamed Bazoum ? Il a sans doute de nombreux défauts, mais vouloir le disqualifier sous prétexte qu’il ne serait pas nigérien donne l’impression d’une tentative désespérée, en plus d’être un jeu dangereux, comme l’on a pu l’expérimenter ailleurs sur le continent. Il est commode, lorsque l’on est en manque d’arguments, d’aller ressusciter les origines d’un challenger pour en faire, souvent sur une base douteuse, un élément de disqualification. Certains se souviennent sans doute de la déchéance de nationalité de Kenneth Kaunda, en 1999, en Zambie. Elle avait été prononcée par une justice aux ordres de Frederick Chiluba, syndicaliste devenu chef d’État, qui voulait achever un prédécesseur trop illustre, sous prétexte que ses parents seraient venus du Malawi voisin. Kenneth Kaunda était le père de l’indépendance de la Zambie ! Il avait été chef de l’État pendant vingt-sept longues années ! Ce panafricaniste avait accueilli, à Lusaka, l’ANC, surtout sa branche armée, le MK, alors en lutte contre le régime d’Apartheid, en Afrique du Sud. Dire à un tel homme qu’il est étranger où que ce soit en Afrique ne pouvait venir que d’un adversaire politique hargneux, dépourvu de tout sens de l’Histoire. Mahamane Ousmane n’a tout de même pas brandi ces accusations… Non. Il est un ancien chef d’État qui a su garder une certaine hauteur, depuis qu’il a été renversé par un coup d’État, en 1996, en raison de la paralysie du pays, découlant des relations tendues qu’il entretenait, à l’époque, avec un Premier ministre qui ne cherchait alors qu’à l’humilier, dans le cadre d’une cohabitation heurtée. Cet homme est aujourd’hui son principal allié, et même son unique allié de poids. Certains sous-entendent que le combat que mène Ousmane est moins le sien que celui de cet allié du moment, qui aurait d’autres comptes à régler, du fait de la disqualification de sa candidature à la suite d’une condamnation dans une affaire qui n’a, théoriquement, rien de politique. Ces disqualifications au Niger et ailleurs ne posent-elles pas problème ? Toutes ces éminentes personnalités politiques savent, mieux que quiconque, le mal que les politiciens sont capables de faire – et font – les uns aux autres, surtout lorsqu’ils trouvent à leurs adversaires une faille judiciaire. Il appartient donc à ceux qui s’estiment porteurs des espoirs d’une partie de leur peuple de ne pas se fragiliser par des actes ou des faux pas susceptibles de les mettre en situation de vulnérabilité. Lorsque l’on est un homme politique d’une certaine envergure, il ne faut pas s’aventurer dans des procédures qui échappent à une certaine transparence.

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