L’Allemagne dans un «jeu d’équilibriste» avec la Chine

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« La mondialisation ne signifie pas de regarder vers un seul pays », a déclaré le chancelier allemand Olaf Scholz le 14 novembre à Singapour, lors de sa tournée en Asie. Alors qu’Angela Merkel s’était rendue douze fois en Chine, son successeur compte peser davantage dans l’Indo-Pacifique. Objectif : réduire la dépendance allemande à la Chine. Entretien avec Angela Stanzel, spécialiste de l’Asie à l’Institut allemand de politique internationale et de sécurité. RFI : Le chancelier Olaf Scholz dit qu’il ne veut plus mettre tous les œufs dans un seul panier. Pourquoi est-ce si important en ces temps de crise ? Angela Stanzel : La crise avec la Russie et la guerre nous ont appris qu’une dépendance, notamment dans des domaines sensibles, est très dommageable pour nous. Depuis, la diversification est considérée comme une urgence et une priorité face à des États autoritaires. Et cela concerne en premier lieu la Chine. L’idée avait déjà fait son chemin sous le gouvernement Merkel. Mais la guerre y a mis un coup d’accélérateur. Mais Berlin ne veut pas se mettre à dos la Chine, son premier partenaire commercial. Une équation qui semble bien complexe… Oui, bien sûr. Notre industrie automobile ou encore Siemens et BASF ont tout misé sur la Chine. Vu les profits faramineux que ces entreprises continuent à y faire, elles ne veulent pas que cela change. Évidemment, l’économie allemande a tout intérêt à en tirer profit. Un deuxième facteur qui rend le jeu d’équilibre compliqué : nous devons nous assurer que la Chine dépende du marché allemand. Dans certains domaines, elle l’est déjà. Si nous voulons que notre voix soit entendue à Pékin, il faut que la Chine ait besoin de nous. Cela aussi complique ce jeu d’équilibre. Début 2023, l’Allemagne présentera sa nouvelle stratégie vis-à-vis de la Chine. Est-ce que vous vous attendez à plus de fermeté ? Oui, la ministre Annalena Baerbock et son ministère des Affaires étrangères comptent adopter une position plus critique vis-à-vis de la Chine, sans que cela soit pour autant un changement de cap radical. L’un des piliers de cette nouvelle stratégie sera la rivalité systémique. Depuis 2019, notre relation avec la Chine est basée sur trois axes : la Chine est notre partenaire, notre compétiteur et notre rival. Mais depuis peu, l’accent est davantage mis sur la rivalité, et c’est normal. Nous devons alors diversifier nos ressources, approfondir nos relations avec des partenaires qui partagent nos valeurs et nouer de nouveaux partenariats. Nous devons aussi remettre en question l’influence grandissante de la Chine dans les organisations internationales ainsi que la rivalité avec la Chine dans des pays tiers. Tous ces éléments détermineront notre future stratégie vis-à-vis de la Chine. L’Allemagne a pour la première fois envoyé sa frégate « Bayern » dans l’Indo-Pacifique et y participe à des exercices militaires. Le but, est-il de tenir tête à une Chine qui montre ses muscles ? Oui, absolument. Vous n’allez le lire dans aucun document officiel. Mais le signal ne pourrait guère être plus clair : il faut endiguer l’influence et l’agressivité de la Chine dans la région. Nous devons nous engager aux côtés de ceux qui veulent freiner l’expansionnisme chinois. Jusqu’à présent, Berlin n’a pourtant pas ouvertement soutenu Taïwan face aux bruits de bottes chinois… Je pense que nous allons assister à un changement de notre politique envers Taïwan, à plus de solidarité et une volonté de nouer un vrai partenariat entre Taïwan, l’Allemagne et l’Europe. Sans que cela soit un virement radical dans notre politique envers la Chine. Face aux manifestants qui réclament la fin de la politique « zéro Covid , voire même la démission de Xi Jinping, qu’attendez-vous du gouvernement allemand ? J’appelle à beaucoup de prudence. Il y a effectivement un cri pour plus de liberté et la fin des confinements. Mais la population est incitée depuis longtemps à adopter une attitude hostile vers l’Occident. Si on soutient les manifestants, on alimentera le narratif selon lequel l’Occident est responsable de ce qui arrive. Mais ce que nous pouvons faire, c’est de rappeler à nos interlocuteurs que la Chine a besoin de vaccins efficaces et qu’il faut réformer le système de santé. C’est aussi dans notre intérêt que la Chine s’ouvre à nouveau et mette fin à la politique d’isolationnisme.

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