Fréquence Asie - Pangolin, Covid et braconnage

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Depuis le début de la pandémie de coronavirus, le monde a découvert le pangolin, qui aurait (peut-être) permis au virus de passer de l’animal à l’homme. Ce petit mammifère d’Asie mais aussi d’Afrique n’est pas aussi connu que la chauve-souris, qui a été la première à abriter le virus de la lignée Covid-19. Le pangolin, lui, était jusqu’ici surtout connu par les braconniers, qui ont amené sa population au bord de l’extinction. « Le pangolin est un animal unique », explique d’entrée Lisa Hywood, la directrice de la Fondation Tikki Hywood : « c’est le seul mammifère qui ait des écailles – elles recouvrent tout son corps pour le protéger. » Sa fondation, qu’elle a créée au Zimbabwe au début des années 1990, tente de protéger les pangolins dans les 35 pays d’Afrique où on le trouve. Mais d’abord, penchons-nous sur l’animal, qui semble tout droit sorti de la préhistoire. En fait, le corps du pangolin est tout entier dédié à une seule tâche : manger, plus précisément des termites et des fourmis. D’où cette carapace d’écailles, ces paupières dures qui l’empêchent de se faire piquer les yeux, et (pour les deux espèces qui se déplacent sur le sol) ces pattes avant dotées de griffes très puissantes qui lui permettent d’ouvrir la terre pour se nourrir, en utilisant une immense langue collante parfois aussi longue que leur corps. Et puis il y a aussi cette capacité du pangolin à se rouer en une boule compacte quand il est en danger, « impénétrable, chez certaines espèces, pour les dents ou les griffes d’un lion », note Lisa Hywood. Mais cela joue contre lui, car du coup « ils sont très faciles à chasser : vous n’avez qu’à ramasser cette boule et la glisser dans un sac, alors que pour un rhinocéros ou un éléphant il faut beaucoup plus d’équipement – armes, munitions... C’est peut-être pour cela qu’il est le mammifère le plus trafiqué au monde. » Viande et écailles Le pangolin d’Afrique est surtout chassé pour sa viande. En Chine, ce sont ses écailles ou encore son sang que l’on utilise, pour faire diverses potions dont une censée augmenter la virilité. Rappelons que le pangolin ne possède aucune vertu médicinale – ses écailles sont faites de kératine, c’est-à-dire la matière qui constitue les ongles. Mais depuis les années 2 000 l’utilisation de ces écailles a fait exploser le trafic de pangolin, particulièrement en Afrique où l’on envoie maintenant ses écailles en Chine. Pour augmenter sa valeur, le pangolin est souvent capturé vivant, et c’est peut-être ainsi que le nouveau coronavirus (on y vient) est passé de l’animal à l’homme. Car si la chauve-souris est au début de la chaîne (c’est le « réservoir »), pour que le virus passe à l’homme il faut un « hôte intermédiaire » : un rôle que le pangolin a peut-être joué. Coronavirus Entre 2017 et 2019, avant l’épidémie de Covid-19, des prélèvements avaient été faits sur des pangolins saisis par les douanes. « Pas mal de virus apparentés au SARS, responsable de la précédente épidémie, avaient été identifiés », explique Alexandre Hassanin, spécialiste de génomique au Muséum national d’histoire naturelle de Paris : « Et ensuite, après le début de l’épidémie, on s’est aperçu que certaines des lignées identifiées étaient très proches du SARS-CoV-2 », c’est-à-dire du virus humain. En fait si, chez les chauves-souris, le génome est plus proche du virus humain, au niveau du « domaine de liaison », c’est le pangolin qui est beaucoup plus proche. Et ce « domaine de liaison », ce sont ces protéines, appelées spicules, qui permettent au virus de rentrer dans cellules humaines. « Ce qui suggère que ces virus trouvés chez le pangolin sont capables d’infecter l’homme », conclut Alexandre Hassanin. L’infection Mais pour cela, il faut que le pangolin entre en contact avec le virus. Alexandre Hassanin a pensé à plusieurs théories : un pangolin entre dans une grotte remplie de chauve-souris, l’une d’elles, malade, tombe sur le sol. Les fourmis les dévorent, avant d’être à leur tour mangées par un pangolin. « Peu probable », estime le chercheur, qui souligne que le pangolin est un animal solitaire : après être tombé malade, il doit mourir logiquement en deux semaines, seul dans la forêt, sans avoir rencontré et donc infecté un autre pangolin. Pour autant il y a toujours la possibilité qu’il soit « dans l’espace de ces quinze jours, être attrapé par un chasseur, qui va l’emmener en Chine où il va être consommé. » Autre hypothèse : que des pangolins aient attrapé, alors qu’ils étaient en cage, le virus d’une autre espèce à identifier : « Je pense quand même que ce sont les conditions de captivité qui sont responsables de cette épidémie. Ces animaux, une fois collectés, sont malheureusement pour eux maintenus assez longtemps en cage dans des conditions dramatiques, avec beaucoup de maladies – il y a la pneumonie, mais aussi beaucoup d’autres virus qui à mon avis s’échangent entre ces animaux en cage. Ils peuvent aussi être en contact avec des chauve-souris, moins souvent vivantes, mais un animal mort peut aussi transmettre le virus. » Après le début de la pandémie, la Chine a interdit la chasse, le transport le commerce des espèce sauvages. Une population au bord de l’extinction Mais la peur sera-t-elle une motivation suffisante pour sauver le pangolin ? « D’abord, il faut voir si la Chine fait respecter cette décision », tempère Lisa Hywood, qui estime que « 14% de la population chinoise serait alors au chômage », car vivant du commerce des animaux sauvages. Pour ce qui est de l’Afrique, poursuit la directrice de la Fondation Tikki Hywood, « les gouvernements doivent protéger leur population du coronavirus, s’inquiéter de l’emploi : où pensez-vous qu’ils mettent le pangolin sur leur liste de priorités ? Et quand vous ne pouvez pas nourrir votre famille et que vous voyez dans la brousse un pangolin, vous n’allez pas le tuer ? » Depuis quatre ans, le commerce du pangolin est pourtant interdit au niveau mondial, mais le trafic continue. Le petit mammifère compte huit espèces, quatre en Asie, quatre en Afrique. Elles sont toutes au bord de l’extinction. Rediffusion du 31 mai 2020

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