Fréquence Asie - Disparitions au Xinjiang en Chine: une femme ouïghoure à la recherche de son frère Mewlan

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Stérilisations forcées, disparitions, tortures, arrestations arbitraires - les pays occidentaux accusent la Chine de mener une persécution à grande échelle contre la minorité des Ouïghours et d’autres musulmans au Xinjiang. Porter une barbe ou avoir un contact avec l’étranger peut suffire pour être envoyé en prison ou dans l’un des camps où la Chine détient près d’un million de personnes, selon l’ONU. Cette semaine, le gouvernement américain, qui accuse Pékin d’avoir recourt au « travail forcé », a décidé de bloquer l'importation de coton et d’autres produits fabriqués au Xinjiang. L’Union européenne, lors d’un sommet avec la Chine lundi dernier, a réclamé l’envoi d’observateurs internationaux. Rizwangul NurMuhammed, une universitaire ouïghoure exilée en Nouvelle-Zélande a appris en 2017 l’arrestation de son frère Mewlan, qui reste aujourd’hui disparu. Voici son témoignage. Rizwangul Nur Muhammed, bonjour, depuis quand avez-vous perdu tout contact avec votre frère ? J’étais toujours régulièrement en contact avec mon frère, on se parlait deux à trois fois par semaine. Mais tout d’un coup, il a disparu. Il ne m’appelait plus et ne répondait plus à mes messages. Ma mère ne m’a dit que trois jours plus tard qu’il avait été arrêté. Elle n’a pas voulu m’inquiéter. Cela s’est produit en janvier 2017. Que s’est-il passé ? On m’a dit qu’il a été arrêté pendant sa pause de midi alors qu’il déjeunait dans un restaurant local. Des policiers en civil sont venus l’interpeller, sans la moindre explication. En juin dernier, l’ambassade de Chine en Nouvelle Zélande a répondu à une requête du gouvernement néozélandais. L’ambassade a alors affirmé que mon frère Mewlan était actuellement détenu dans la prison de Beiye à Shihezi, à 400 kilomètres de sa ville natale. Ils l’accusent de sécessionnisme. Récemment, vous avez appris que Mewlan a été condamné à neuf ans de prison pour activités séparatistes. Etait-il engagé en politique ? C’est un homme sans histoires, il n’a rien à voir avec la politique. Je suis convaincue que mon frère est innocent. Il n’a rien fait de mal, il n’a causé aucun tort à l’Etat chinois ni violé aucune loi. Il ne présente aucune menace pour l’Etat. C’est juste un père de famille ordinaire. Il est innocent. Pékin dit qu’il faut combattre l’extrémisme et le séparatisme au Xinjiang… Ils avancent ce genre d’arguments. Mais c’est juste un prétexte pour incarcérer des gens. Mewlan avait juste étudié de 2012 à 2014 en Turquie, je ne vois que ça qui puisse expliquer son emprisonnement. Pourtant, ça n’est pas un crime ! Mais tant de gens ont été incarcéré arbitrairement. Son fils a aujourd’hui quatre ans. Il a fêté ses quatre anniversaires sans son père. Il ne sait pas où est son père, c’est horrible de voir des enfants souffrir comme ça. Vous avez lancé la pétition « libérez Mewlan » sur le site « change.org » qui a déjà récolté plus de 44 000 signatures . Pourquoi avez-vous attendu plus de trois ans pour briser le silence, aviez-vous peur ? Oui, j’avais peur. Je ne craignais pas pour ma propre sécurité, mais pour celle de ma famille restée en Chine. Ils pourraient disparaître à leur tour du jour au lendemain. Mais rendre cette disparition publique est très important. Ils ont besoin de mon aide. J’espère que cela nous aidera à retrouver mon frère. Cette semaine, les Etats-Unis ont imposé des sanctions sur le coton du Xinjiang - et l’Union européenne réclame l’envoi d’observateurs internationaux. Mettre Pékin ainsi sous pression, pensez-vous que cela peut vous aider ? Que ce soit à un niveau personnel, national ou international, nous avons besoin de tout soutien. Il faut nous aider, nous, les Ouïghours qui souffrons autant. Cela ne peut pas continuer. Plus il y aura des voix qui s'élèveront pour nous soutenir, mieux ça sera. Cela nous aidera.

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