Fréquence Asie - Aux Philippines, changer la loi pour protéger les enfants

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La situation des enfants pourrait bientôt changer aux Philippines. Dans ce pays où la majorité sexuelle est une des plus basses au monde, les adultes peuvent ainsi légalement avoir des relations sexuelles avec des enfants de 12 ans. Les viols d’enfants sont légions : un viol est commis toutes les sept heures, sept victimes sur dix sont des enfants. Depuis des décennies, les associations essaient de changer la loi. Un nouveau texte est en train d’être voté, pour faire passer l’âge légal du consentement de 12 à 16 ans. Maria Margarita Ardivilla est la spécialiste de l’Unicef aux Philippines pour la protection des enfants. RFI : Maria Margarita Ardivilla, pourquoi l’âge de la majorité sexuelle est-il si bas aux Philippines ? Maria Margarita Ardivilla : Tout d’abord, nous n’avons pas dans notre loi de référence à un « âge légal de consentement aux relations sexuelles ». Ce qui est défini, c’est « l’âge en-dessous duquel il y a viol sur mineur ». Comme les Philippines sont un pays assez conservateur, le Parlement n’était pas prêt à embrasser le concept de « consentement ». Mais après les discussions que nous avons eues avec le Parlement, cette notion occupe maintenant une place majeure dans le projet de loi. Si l'âge en-dessous duquel on considère qu’il y a automatiquement viol est très bas aux Philippines, c'est à cause d’une loi de 1930 basée sur des mesures totalement dépassées, venant d’Europe - le pays était à l’époque occupé par l’Espagne. Depuis, la seule avancée date de 1996 : le viol, jusque-là considéré comme un crime privé, est devenu un crime public contre la communauté ; ce qui a permis au gouvernement de porter plainte contre les violeurs. Malheureusement, l’âge limite, lui, n’a pas changé. Les associations affirment que c’est parce que la société philippine est une société patriarcale... On peut dire ça : la plupart des députés au Parlement à l’époque étaient des hommes, d’un certain âge, qui ont estimé qu'il y avait déjà d'autres lois protégeant les enfants. Mais le danger de ne pas changer l’âge limite, c’est qu'actuellement, à partir de treize ans, les enfants doivent aller témoigner pour être entendus. Et c’est traumatisant pour eux d’aller donner toutes ces preuves devant un tribunal, face à des avocats de la défense très offensifs qui font de ces enfants, une nouvelle fois, des victimes. Le danger de devoir témoigner devant un tribunal, c’est aussi que beaucoup se refusent à le faire pour ne pas jeter l’opprobre sur la famille. Certains peuvent aussi accepter qu'un crime moins grave soit au final retenu, pour que la procédure soit moins dure. Résultat : la justice n’est pas rendue pour l’enfant, le violeur est libre, et il n’est même pas fiché. Pourquoi est-ce que depuis deux ans vos arguments sont davantage entendus ? Nous avons davantage de preuves que des violences sexuelles visent les enfants philippins : en 2015, l’Unicef a soutenu le gouvernement dans son enquête nationale sur les violences commises contre les enfants, la première du genre. Elle a révélé qu’un enfant sur cinq est visé par des violences, et que les responsables sont pour la plupart des membres des familles, ce qui a vraiment attiré l'attention sur cette situation. Nous avons aussi la preuve que les enfants qui signalent des violences dans les hôpitaux ont surtout entre 14 et 18 ans. Ils ne peuvent donc pas bénéficier de la protection de la loi sur le viol, qui s'arrête à 12 ans. Que prévoit exactement la nouvelle loi, qui a déjà été adoptée par la Chambre des représentants et qui pourrait l’être par le Sénat d’ici le mois de mars ? D’abord l’âge passe à 16 ans. Ensuite, la loi ne se concentre pas uniquement sur la pénétration vaginale, mais reconnaît aussi d’autres violences, ce qui permettra aux garçons d’utiliser cette loi pour se protéger, car actuellement ils le sont moins que les filles. Le projet de loi reconnaît aussi que les enfants et les jeunes peuvent avoir des relations sexuelles entre eux, ce qui leur permet d’échapper à toute procédure judiciaire abusive. Quant à la clause qui annule toute poursuite si le coupable épouse sa victime, nous espérons obtenir sa suppression. Une fois que la loi aura été votée puis signée par le président, il sera très important de formuler les nouvelles règlementations. Dans la police et chez les procureurs, le changement doit être radical, pour que tout cela soit mis en place avec la plus grande vigilance : et ces règlementations vont les guider dans leurs enquêtes et les poursuites qu’ils pourront lancer.

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