Afghanistan: dans la vallée du Panshir, la résistance persiste

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Il y a tout juste un mois, les talibans déclaraient d’avoir gagné le contrôle sur toute la vallée du Panshir, cette vallée lovée dans les montagnes arides de l’Afghanistan, à 80 kilomètres de la capitale Kaboul. Jusque-là, les Panshiris se targuaient de ne jamais avoir laissé quiconque asservir leur vallée, et surtout pas les talibans, leurs ennemis jurés depuis plus de 20 ans et l’époque de leur célèbre commandant Ahmad Shah Massoud. Aujourd’hui, qu’en est-il de la résistance ? Si l’on en croit Ali Nazary, responsable des relations internationales du Front de résistance de l’Afghanistan, plusieurs milliers de combattants panshiris tiennent toujours tête aux talibans. RFI : Début septembre, les talibans ont annoncé leur victoire dans la vallée du Panshir. Aujourd’hui, contrôlent-ils toute la région ? Ali Nazary : Non, c’est ce qu’ils disent. Ils font croire à ce mensonge selon lequel ils contrôlent la vallée du Panshir. Mais ils ne contrôlent de fait que la route principale. Nous, le Front national de résistance de l’Afghanistan, nous contrôlons à peu près 60 % de la vallée et les talibans sont confrontés presque chaque nuit à nos attaques. Donc, des combats continuent ? Bien sûr. De combien de combattants dispose le front de résistance et qui sont-ils ? Tout d’abord, sachez que le peuple afghan est de notre côté. Si les talibans disposent de 40 000 combattants, nous en avons 40 millions ! Les gens soutiennent la résistance, mais si on ne compte que nos combattants armés, nous avons plusieurs milliers. ► À lire aussi : Afghanistan: les talibans disent contrôler le Panshir, Massoud appelle au «soulèvement national» Vous dites que vous pouvez compter sur le soutien des Afghans, mais ne sont-ils pas en fait fatigués de plusieurs décennies de guerre ? Non. Le peuple afghan est assez résilient pour continuer la lutte pour la liberté, pour la démocratie et les droits humains. Des manifestations ont lieu à Kaboul, dans d’autres villes et dans les zones rurales. Il y a donc une résistance civile et une résistance armée. Les Afghans ont sacrifié tant pour leur liberté, ces 20 dernières années, une nouvelle génération a grandi, et personne n’est prêt à sacrifier tous les acquis pour qu’une bande de criminels, un groupe terroriste représente le pays. Les talibans vous ont proposé de participer au gouvernement, pourquoi l’avez-vous refusé et quelles conditions doivent être remplies pour rejoindre les rangs du gouvernement en place ? Les talibans ne nous ont pas proposé une vraie participation. Ils ont juste voulu notre capitulation et voulaient nous utiliser comme des faire-valoir dans leur gouvernement. Pour participer à un gouvernement, il faut que vous ayez le droit de prendre des décisions et de faire de la politique au sein du gouvernement et de l’État. Ce n’est pas ce que les talibans voulaient. Nous avions demandé un partage équitable dans les institutions politiques. Il faut donner du pouvoir à tout le monde, puisque l’Afghanistan est un pays multiethnique et aucun groupe ne représente la majorité. La seule manière de construire un Afghanistan inclusif est le fédéralisme. Il faut une décentralisation des pouvoirs, décentralisation de l’administration et décentralisation des ressources. L’Afghanistan ne peut pas être gouverné de façon centralisée par un seul groupe qui monopolise le pouvoir et écarte tous les autres. Sur quel soutien international pouvez-vous compter ? Malheureusement, nous ne menons pas une guerre civile, mais une guerre globale contre le terrorisme, même si l’Occident l’a abandonnée. Nous menons cette guerre contre le terrorisme tout seul, abandonné par nos alliés. Nous ne recevons aucune aide matérielle d’aucun pays. Vous espérez des livraisons d’armes, mais ne serait-il pas plus important de demander de l’aide humanitaire ? L’aide humanitaire est très importante. Le peuple afghan demande de l’aide humanitaire, mais les Afghans ne veulent pas que cette aide humanitaire soit la monnaie d’échange pour une reconnaissance du gouvernement taliban. Nous ne sommes pas disposés à sacrifier notre liberté et notre quête de démocratie pour obtenir de l’aide alimentaire et médicale. Quelle est la situation humanitaire actuellement dans la vallée du Panshir ? Nous entendons que la plupart des civils ont dû fuir les combats... Ils n’ont pas pris la fuite. Les talibans procèdent en réalité à un nettoyage ethnique. Ils ont chassé plus d’un millier de familles. Ils commettent donc des crimes de guerre. Ils tuent des civils. Ils ont aussi regroupé des centaines de jeunes hommes dans le Panshir, à Kaboul et dans la province du Daikundi où vit la minorité des Hazaras. Ils les ont emmenés dans des endroits inconnus et nous ne savons pas s’ils sont vivants ou morts. Donc, ils commettent des crimes de guerre dans de nombreuses autres régions et pas seulement dans la vallée du Panshir. ► À lire aussi : Afghanistan: les talibans à nouveau accusé d'avoir tué des civils

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