Portugal: Antonio Costa, socialiste record

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Le Premier ministre portugais Antonio Costa a été reconduit dans ses fonctions en février dernier, après la victoire surprise de son parti lors des élections législatives anticipées. L’usure du pouvoir n’a pas eu de prise sur Antonio Costa, qui gouverne depuis 2015 et que tous les sondages donnaient perdant. Portrait d’un politique que certains socialistes européens regardent avec envie. (Rediffusion du 6/02/2022) « La majorité absolue n’est pas le pouvoir absolu, ça ne signifie pas gouverner seul. » Antonio Costa a déjoué tous les pronostics des instituts de sondage et contredit les analyses des éditorialistes mais il affiche une victoire modeste et veut rassurer. Avocat, mélomane, gastronome et fan de puzzle, Antonio Costa est tombé dans la marmite politique dès l’enfance. Sa mère est l’une des premières femmes journalistes, militante féministe engagée dans la lutte pour la dépénalisation de l’avortement ; son père est un écrivain communiste, originaire de Goa. Il surnomme son fils Babush, le gamin. Babush apprend le français en lisant le Nouvel Observateur et colle des affiches pour le PS dès l’âge de 14 ans. Le pays vient de vivre la révolution des œillets, la dictature de Salazar est tombée, « on militait jour et nuit, se souvient Margarida Marques, députée européenne socialiste portugaise, amie d’Antonio Costa. Nous étions aux jeunesses socialistes, il avait 14 ans, moi 21. C’était quelqu’un de très engagé, avec un grand sens politique. En 1981, j’ai été élue secrétaire générale du mouvement. Lui était alors la tête pensante du courant rival. Sa mère m’a envoyé un télégramme de félicitations. Quelques années plus tard, elle m’a confié qu’il n’avait pas apprécié son geste ! » Tacticien affable Le jeune Costa apprend vite et gravit rapidement les échelons du parti. À 34 ans, il est secrétaire d’État aux affaires parlementaires du gouvernement d’Antonio Guterres. « Ça a été quelque chose de très formateur », analyse Yves Léonard, historien, auteur d’une Histoire du Portugal Contemporain (éditions Chandeigne). « Il a été plongé dans les méandres du système politique portugais où il a révélé les qualités de fin tacticien et d’habileté qui sont un peu sa marque de fabrique ». Il est ensuite ministre de la Justice, ministre de l’Intérieur et brièvement député européen. Puis maire de Lisbonne entre 2007 et 2014, « une expérience très importante qui lui a servi de tremplin pour prendre la présidence du Parti socialiste en 2014. » Parcours sans faute pour un homme populaire qui cultive la simplicité. Comme Angela Merkel, Antonio Costa aime faire ses courses seul, et à Lisbonne, il avait installé en tant que maire un bureau dans un quartier déshérité. Son fauteuil de maire, il le doit à l’union de la gauche. Cette expérience lui a été utile lorsqu’il s’est lancé dans la bataille des législatives en 2015. « Antonio Costa a toujours fait preuve d’une grande subtilité, matinée de beaucoup de bonhomie, c’est un homme affable qui dégage de l’empathie, détaille Yves Léonard. Il allie donc à la fois de l’habilité tacticienne, une personnalité avenante et aussi de la fermeté et la capacité à trancher sans avoir la main qui tremble quand il le faut ». Union politique et miracle économique Cette année-là il fait du rassemblement l’instrument de sa victoire. Margarida Marques, alors fonctionnaire européenne, se souvient qu’il lui propose alors une tête de liste dans sa région d’origine - oubliées, les rivalités de jeunesse. « Il ne divise pas, il essaie de rassembler explique l’eurodéputée. En 2015, il est allé chercher des gens qui n’étaient pas avec lui sur le plan politique. Il a essayé d’unifier les différents courants de pensées au sein du parti, je pense que c’est un trait important de sa personnalité. » Un sens du rassemblement qui lui permet surtout de prendre la tête du gouvernement en s’assurant du soutien de la gauche de la gauche : les Portugais baptisent cette majorité « geringonça », « bidule improbable » en français. « Ce n’était pas une coalition, c’était un gouvernement socialiste, et le PS avait intégré les exigences négociées avec le Parti communiste et le Bloc de Gauche. Des exigences qui tenaient en quelques pages. Ça n’a pas été une période facile, se rappelle Margarida Marques, qui siège alors au parlement à Lisbonne. Nous étions bien conscients d’être en désaccord sur les affaires européennes par exemple. Mais chaque fois qu’il y avait une loi à voter il fallait négocier avec eux. Ça a renforcé le rôle du parlement. » Nouvelle victoire socialiste au scrutin de 2019, le PS choisit de gouverner en minorité, sans accord formel cette fois-ci avec les partenaires de gauche. Antonio Costa a des résultats à faire valoir : c’est l’époque de ce que les commentateurs appellent le « miracle portugais ». Après les années d’austérité imposées par les institutions internationales suite à la crise de 2008, sous le gouvernement de Pedro Passos Coelho (PSD, droite), Antonio Costa parvient à sortir le pays de la récession. Il relève les salaires des fonctionnaires, le salaire minimum, les retraites, et à réhabiliter les 35 heures. Le tout en contrôlant les déficits, et même en renouant avec les excédents budgétaires. « Antonio Costa a cette capacité à concilier des objectifs qui peuvent paraitre antinomiques, juge Yves Léonard. Il a très clairement dit en prenant ses fonctions fin 2015 "on va tourner la page de l’austérité en respectant pleinement nos engagements européens". D’abord par fidélité au contrat, à l’appartenance à l’Union européenne, mais aussi parce que le Portugal est très dépendant des aides communautaires. Il lui a fallu être habile et il a donné des gages, et il a rassuré ». L’extrême droite en embuscade Le miracle a son revers. Les contrats précaires, le prix du logement et la question des bas salaires nourrissent le mécontentement et ont été au cœur de la campagne des législatives anticipées. « La gauche de la gauche a beaucoup reproché à Antonio Costa de ne pas aller assez loin sur un certain nombre de ces thèmes : la protection sociale, la lutte contre la précarité, le droit du travail », poursuit Yves Léonard. Sans compter que la pandémie a stoppé net les avancées des années précédentes. Et s’il a gagné le pari des urnes, Antonio Costa aura fort à faire dans les quatre ans à venir : répondre aux Portugais qui lui ont fait massivement confiance, mais aussi composer avec l’irruption de l’extrême droite au parlement : le parti Chega est passé de un à douze élus. « Heureusement qu’il y a une majorité absolue, souffle Margarida Marques car le leader de la droite, Rui Rio, était ouvert à faire un gouvernement soutenu par l’extrême droite au parlement, il l’a dit dans un entretien vendredi soir en toute fin de campagne. » Du jamais vu au Portugal. Et ensuite, après trois mandats de Premier ministre, un record depuis le retour à la démocratie, à quoi pourrait aspirer Babush ? Européen convaincu, il s’est beaucoup engagé au sein du Conseil, Notamment pour obtenir les ressources propres nécessaires au plan de relance. « Évidemment quand je regarde ses compétences, je le vois bien président d’une institution européenne, concède l’eurodéputée Margarida Marques. Mais je ne sais pas s’il a le calendrier approprié. Une chose est claire, il a la compétence mais aussi la confiance de ses pairs. Et pas seulement des socialistes, je peux le dire. Il a une image très positive, l’image de quelqu’un capable de construire des compromis de convaincre de persuader, et les autres leaders lui font confiance ». D’ici là, le travail ne manque pas : l’amateur de puzzle Antonio Costa va devoir agencer les 16 milliards du plan de relance de façon à redonner vie au miracle portugais.

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