Kaja Kallas, la «dame de fer» des pays baltes contre la Russie

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Première femme à diriger l’Estonie, cette femme politique de 44 ans s’est imposée depuis le début de la guerre en Ukraine comme la voix de la fermeté des pays baltes contre la Russie et pour un soutien total à Kiev. Une position qu’elle défendra à nouveau lors du prochain sommet de l’Otan. Alors que la tension est montée ces derniers jours autour de l’enclave russe de Kaliningrad, à la frontière lituanienne, la question de la sécurité aux limites est de l’Otan sera plus que jamais au programme du prochain sommet de l’Alliance Atlantique, prévu à Madrid les 29 et le 30 juin prochains. L’Estonie de Kaja Kallas, qui est membre de l’Union européenne et de l’Otan, compte bien peser pour un renforcement de la présence militaire occidentale aux frontières des pays baltes. Si l’Otan garde la même stratégie militaire concernant les pays baltes, « Tallinn et des siècles d’histoire et de culture » en Estonie, mais aussi « nos habitants, notre nation » seraient « rayés de la carte » en quelques jours en cas d’invasion russe, prévenait encore jeudi 23 juin Kaja Kallas, lors d’un entretien donné à la presse internationale. Elle souhaite que l’Otan triple ses effectifs militaires dans les pays baltes, en y installant une division complète, soit 20 000 à 25 000 hommes environ. Kaja Kallas est en effet persuadée que l’Estonie et ses voisins sont les prochains sur la liste de Moscou. « Quand mon père [ancien Premier ministre estonien] menait les négociations pour que l’Estonie adhère à l’Otan, dans les années 2000, on lui demandait souvent, “pourquoi ?” et on lui disait que la Russie n’était plus une menace, expliquait-elle le 9 mars devant le Parlement européen. Mais nous connaissons bien notre voisin, aujourd’hui comme hier. » Depuis le début de la guerre en Ukraine le 24 février, Kaja Kallas multiplie les interviews dans les médias internationaux. Avec toujours derrière elle le drapeau estonien, le drapeau européen et le drapeau de l’Otan, elle défend un soutien inconditionnel à Kiev. Une famille déportée en Sibérie L’ancien ministre et ex-eurodéputé centriste Jean Arthuis (qui a rejoint ensuite le parti d’Emmanuel Macron), a siégé avec Kaja Kallas au Parlement européen jusqu’en 2019, dans l’Alliance des démocrates et libéraux (ADLE), une coalition de centre droit. « Elle était très impliquée et très active, se souvient-il, et j’avais conscience qu’elle ne se contenterait pas de sa mission d’eurodéputée. Il est vrai que sa famille l’a bercée dans la politique », dit aussi celui qui a côtoyé Siim Kallas, le père de Kaja Kallas, lorsque ce dernier était Commissaire européen. Côté maternel, la Première ministre estonienne rappelle souvent que sa famille a souffert de la répression quand l’Estonie a été annexée après la Seconde Guerre mondiale. « Je viens d’une famille déportée en Sibérie par Staline sous l’Union soviétique », témoignait-elle le 9 mars devant le Parlement européen, dans un tailleur aux couleurs de l’Ukraine. « Ma mère n’avait que six mois quand elle a été envoyée de force avec sa mère et sa grand-mère dans un wagon à bestiaux vers ce que les Estoniens appellent “la terre froide”. » Et quand elle est interviewée par une chaîne de télévision américaine, elle n’hésite pas à reprendre le présentateur. « Merci, mais je suis obligée de vous corriger : nous ne faisions pas partie de l’Union soviétique, nous étions occupés par l’URSS », a-t-elle répondu - poliment, mais fermement - à Fox news, le 15 juin dernier. L'Estonie directement impactée par le conflit en Ukraine L’Estonie est - proportionnellement à son PIB - le premier soutien financier de l’Ukraine. Alors que les négociations entre Moscou et Kiev sont au point mort, Kaja Kallas n’hésite pas à critiquer ceux qui parmi les dirigeants occidentaux peuvent être tentés de pousser l’Ukraine à abandonner une partie de son territoire pour mettre fin à la guerre. Elle ne partage pas non plus les déclarations du président Emmanuel Macron, qui appelait à « ne pas humilier » la Russie. ► À lire aussi : Estonie: les libéraux du Parti de la réforme remportent les législatives « Elle dit qu’il ne faut pas arriver à tout prix à une paix rapidement, mais arriver à une victoire de l’Ukraine, ce qui est assez différent », souligne Céline Bayou, chercheure associée au Centre de recherche Europe-Eurasie de l’Inalco et rédactrice en chef de la revue Regard sur l’est. « Pour Kaja Kallas, si on essaie d’aller plus vite et de négocier trop vite avec la Russie, on risque de laisser le champ libre à Moscou pour recommencer [une guerre dans l’un des pays voisins] et donc on ne résoudra rien », résume-t-elle. Kaja Kallas a gagné en popularité depuis le début de la guerre en Ukraine, mais elle vient de perdre sa majorité au Parlement après des désaccords avec le Parti centriste. Cette formation politique, qui compte dans son électorat une partie de la minorité russophone du pays (environ 30% des Estoniens parlent russe), défendait une hausse des allocations familiales, « parce que l’Estonie a en ce moment l’un des taux d’inflation les plus élevés en Europe, explique Céline Bayou. Les prix de l’énergie ont explosé, car l’Estonie applique les sanctions européennes à l’égard de la Russie, mais aussi, car elle vient de décider qu’elle n’importerait plus ni pétrole ni gaz russes. » La guerre pèse donc sur la situation interne du pays, au point de mener à une crise politique : Kaja Kallas est en ce moment en pleine négociations pour former une nouvelle coalition et tenter de retrouver une majorité au Parlement, quelques mois seulement avant les prochaines élections législatives, prévues en mars 2023.

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