Dmitri Medvedev, de président modéré à faucon du régime

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Lors de sa présidence, entre 2008 et 2012, la branche libérale avait mis beaucoup d’espoir en lui. Aujourd'hui, le vice-président du Conseil de Sécurité russe est devenu l’un des plus féroces défenseurs du régime de Vladimir Poutine. Il ne dansera sans doute plus jamais sur la musique d’American boy, un hit russe des années 1990 sur lequel on l’a vu se déhancher d’une façon gauche et légèrement à contretemps dans une vidéo virale de 2011. À l’époque, Dmitri Medvedev était chef d’État de la Fédération de Russie et incarnait un espoir de changement pour l’aile libérale de la société, après huit années de présidence Poutine. Féru de nouvelles technologies, affirmant que « la liberté (était) meilleure que l’absence de liberté », il avait fait de l'innovation l'une des priorités de son mandat et lancé la construction à Skolkovo, près de Moscou, d'une « ville de l'innovation », pendant russe de la Silicon Valley. Il a lui-même visité le lieu de la high-tech américaine en 2010, avant de rencontrer Barack Obama et de déguster un hamburger et des frites en compagnie de son homologue américain dans un café de Washington. C’est de Californie qu’il avait d’ailleurs écrit son tout premier tweet. Des abrutis et des dégénérés S’il est resté présent, depuis, sur les réseaux sociaux, le contenu de ses messages a radicalement changé ces derniers mois, et en particulier depuis le lancement de l’invasion russe de l’Ukraine, le 24 février 2022. « On me demande souvent pourquoi mes messages sur Telegram sont si durs. La réponse est que je les déteste. Ce sont des abrutis et des dégénérés. Ils veulent la mort pour la Russie. Et de mon vivant, je ferai tout pour les faire disparaître », a écrit récemment Dmitri Medvedev sur Telegram, sans préciser s’il parlait de l’Ukraine ou des Occidentaux. Sur les réseaux sociaux comme dans ses interviews télévisées, il menace le monde d’une guerre nucléaire, annonce que « les chevaliers de l’apocalypse sont en route » et promet une fin tragique à l’Ukraine. « Medvedev tente visiblement de démontrer sa pertinence et sa loyauté dans le nouvel environnement russe », né après le début de la guerre en Ukraine, analyse Ben Noble, spécialiste de la Russie à l’University College de Londres. « Il ne veut vraiment plus être vu comme l’ancien président pro-occidental et relativement libéral parce que s’il conservait cette image, cela pourrait être dangereux pour lui ». Si Dmitri Medvedev multiplie les déclarations choquantes qui font passer ce modéré pour un faucon, c’est qu’il n’a pas vraiment le choix, estime pour sa part le politologue russe Dmitri Orechkine, enseignant à l’université libre de Riga, où il a dû s’exiler après le début de la guerre en Ukraine. « Soit il reste et s’accroche à son siège dans le régime de Poutine en soutenant ses valeurs et en criant le plus fort, soit il perd son statut, ses revenus, ses privilèges. Que peut-il faire d’autre ? Il ne peut pas s’enfuir en Europe, on lui a confisqué ses vignes », note l’observateur un brin ironique. Objet de railleries Des vignobles en Toscane, des palaces, des résidences de luxe, des yachts : autant de biens d’exception dont Dmitri Medvedev serait propriétaire, à en croire une vidéo de l’opposant Alexeï Navalny aujourd’hui emprisonné. Sortie en 2017, cette enquête visionnée des dizaines de millions de fois a été à l’origine d’importantes manifestations réprimées à Moscou et dans d’autres villes de Russie. L’image de Dmitri Medvedev, déjà objet de railleries pour son caractère peu consistant, en a encore pris un coup, d’autant qu’au cours de sa présidence, il avait régulièrement déclaré combattre activement la corruption qui gangrène le pays. « Cette enquête a bien sûr terni son image, en particulier dans les cercles des libéraux », raconte Dmitri Orechkine. Toutefois, le politologue russe insiste sur le fait que l’opposant, pourfendeur de la corruption, n’aurait pas pu mener une telle enquête sans aide extérieure. « Il y avait les gens dans les hautes sphères, qui n’aimaient pas Medvedev, qui lui ont donné accès à des documents compromettants et qui ont permis que ses drones filment sa résidence ». Présenté comme faible, docile, peu audacieux et surtout très loyal envers Vladimir Poutine auquel il a sagement rendu les rênes du Kremlin à l’issue d’un seul mandat en 2012, Dmitri Medvedev peut se targuer d’avoir joui d’une longévité inégalée au poste de Premier ministre entre 2012 et 2020. Mais bien avant son remplacement par Mikhail Michoustine, pour être nommé au poste sans grande influence de vice-président du Conseil de sécurité, son poids politique n’a cessé de diminuer au profit du clan des siloviki, les hommes issus de l’appareil sécuritaire, qui ne l’ont jamais apprécié. « Medvedev ne bénéficie pas d’un soutien naturel de la part de l’élite, et en particulier des siloviki », explique Ben Noble, qui voit dans son changement relativement récent de rhétorique le signe que l’ancien président « tente de nouer des liens avec ces faucons de l’élite russe, dans la perspective d’apparaître peut-être comme un successeur potentiel à Vladimir Poutine, avec le soutien de ces membres les plus bellicistes ». Dans cette entreprise, le vice-président du Conseil de sécurité peut compter sur son fils, Ilia, 27 ans, qui s’est vu récemment remettre sous les caméras sa carte du parti Russie unie, le parti dirigé par son père.

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