Judith Resnik : le destin tragique d’une femme dans l’espace

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Par Guillaume JOSSE, découvert par Player FM et notre communauté - Le copyright est détenu par l'éditeur, non par Player F, et l'audio est diffusé directement depuis ses serveurs. Appuyiez sur le bouton S'Abonner pour suivre les mises à jour sur Player FM, ou collez l'URL du flux dans d'autre applications de podcasts.

Dans les années 80, Judith Resnik vit son rêve. Elle est astronaute pour la Nasa et la deuxième femme américaine à s’être rendue dans l’espace. En janvier 1986, elle embarque à bord de la navette Challenger avec le reste de l’équipage.

Cette femme moderne sera l’une des victimes de la tristement mémorable explosion de Challenger. Cet épisode de Chasseurs de science vous propose de revivre ce tragique épisode de l’histoire de l’aérospatiale aux côtés de Judith.


Pour aller plus loin :

Découvrez le documentaire de la chaîne Stardust sur le drame de Challenger.

Rendez-vous sur CielMania pour y lire l'article de Jean-Baptiste Feldmann sur le mémorial lunaire créé en hommage à ces astronautes.


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Transcription du podcast :

Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je suis Julie et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Aujourd’hui, nous partons pour le pas de lancement de la navette Challenger, en Floride. Vous écoutez Chasseurs de science, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.

En janvier 1978, Judith Resnik a 29 ans et elle vient de recevoir une nouvelle qui va bouleverser sa vie : elle est sélectionnée pour devenir astronaute pour la Nasa parmi plusieurs milliers de candidats. Elle prévient immédiatement ses parents Marvin et Sarah, tout deux immigrants d’Ukraine. Tout sourit à Judith. L’année précédente, elle a obtenu un doctorat en génie électrique et elle occupe un poste d’ingénieur à l’Institut national de la santé à Bethesda. Devenir l’une des premières femmes astronautes, c’est juste incroyable !

Après l’annonce de sa sélection, Judith intègre un programme d’entraînement qui lui permet de devenir spécialiste de mission. À ce poste, elle sera en charge d’une partie bien précise des missions scientifiques que devront réaliser les astronautes une fois dans l’espace. Six ans après son entrée à la Nasa, Judith prend part à la mission Discovery. Elle est la seule femme de son équipage.

Le 30 août 1984, alors que la navette décolle du pas de tir 39A du Kennedy Space Center à Cap Canaveral, elle sait que son nom marquera l’histoire avec un grand H. En effet, à ce moment-là, elle devient la deuxième femme américaine à rejoindre l’espace, et seulement la quatrième au niveau international, après deux astronautes russes et sa compatriote Sally Ride.

Elle expérimente alors la sensation indescriptible d’impesanteur, voit ses cheveux flotter autour de sa tête et tous les outils qu’elle manipule ne jamais retomber sur le sol. À bord de Discovery, une image de Judith fera le tour du monde. Devant les caméras, elle brandit un carton où elle avait inscrit « Hi Dad ! » (« Salut, Papa ! »), en sachant pertinemment que son père suivait avec attention ses aventures spatiales.

Après le succès du premier vol de Discovery, Judith intègre immédiatement un autre programme ambitieux de la Nasa : STS 51-L Challenger. La mission doit se dérouler comme suit. Le premier matin sera dédié à la préparation de la mise en orbite du satellite TDRS-B ; l’après-midi à son déploiement. Le deuxième jour, le programme de suivi de la comète Halley débute et Christa McAuliffe, deuxième femme de l’équipage et institutrice tiendra le premier cours donné depuis l’espace à des enfants. Les jours 3, 4 et 5 seront destinés à la mise en orbite du satellite Spartan. Judith est en charge de manier le bras robotique de la navette pour le déployer. Enfin, le retour de l’équipage est prévu 144 heures et 34 minutes après leur départ.

Tout est organisé au millimètre. Judith et ses collègues connaissent par coeur les gestes et les procédures pour faire face à toutes les situations. Malheureusement, rien ne va se passer comme prévu.

Dès le lancement, la 25e mission de Challenger accumule les couacs. Le 22 janvier 1986 à 15h43, sur le pas de tir B, tout est prêt pour le décollage. Mais la météo fait des siennes. On reprogramme le lancement le 23, puis le 24 janvier. Challenger est toujours clouée au sol. Le 25 janvier, c’est une tempête de l’autre côté de l’Atlantique qui empêche le départ. Le mauvais temps atteint la Floride, repoussant encore le lancement. La tension est palpable entre les astronautes. Arriveront-ils à décoller un jour ? Une nouvelle date est planifiée : le 27 janvier 1986 à 9h37. Repoussée encore. Cette fois-ci, c’est une trappe qui refuse de se fermer.

Finalement, la navette Challenger décolle le 28 janvier 1986 à 11h38, soit 2 heures après l’heure prévue. Un logiciel qui pilote le système anti-incendie connaît une panne alors qu’on remplit les réservoirs externes d’hydrogène liquide, avant le départ. Dans le cockpit, Judith et le reste de l’équipage échangent un regard. Challenger quitte enfin le sol de la Floride et son funeste destin est scellé.

Seulement 0.678 secondes après le décollage, les spectateurs au sol voient une inquiétante fumée grise s’échapper de l’arrière du fuselage. Le père et le frère de Judith sont présents. Entre 0,836 et 2,5 secondes, la fumée se fait plus dense. La navette prend de la vitesse et rencontre ses premiers vents de haute altitude à 37 secondes. En réponse au cisaillement du vent, le système de navigation augmente la puissance des propulseurs pour maintenir la direction de la navette.

58 secondes. Une petite flamme apparaît. Elle grandit rapidement et l’ordinateur de bord alerte sur la diminution de la pression dans le propulseur droit. De toute évidence, il fuit. À l’intérieur, l’équipage surentraîné est prisonnier. Les sept astronautes n’ont aucun moyen de sortir de Challenger. La navette n’est pas équipée de sièges éjectables et la présence d’un système d’évacuation a été jugée « d’une utilité limitée ».

À 64 secondes, le feu change de couleur, signe que l’hydrogène s’est mêlé aux flammes. L’ordinateur de bord tente de mettre fin au drame qui se joue, en vain. 73 secondes. Le réservoir d’hydrogène liquide perd son dôme et plus de 1.200 tonnes de carburant alimentent le brasier. En un battement de cil, Challenger explose à 46.000 pieds d’altitude dans le ciel de Cap Canaveral. La navette se désintègre dans une boule de feu entourée d’une fumée brune sous les yeux horrifiés du personnel de la Nasa, des spectateurs et de la famille et des amis de l’équipage.

Judith Resnik, spécialiste de mission,

Christa McAuliffe, spécialiste des charges utiles,

Gregory Jarvis, spécialiste des charges utiles,

Francis Scobee, commandant,

Ronald McNair, spécialiste de mission,

Ellison Onizuka, spécialiste de mission,

et Michael Smith, pilote, ont disparu en même temps que Challenger.

Les restes de la navette spatiale finissent leur course dans l’océan à 334 km/h, emportant avec eux tout espoir de retrouver des survivants.

La Nasa lance immédiatement une mission pour récupérer les débris de la navette et d’éventuels restes humains. Le corps de Judith est le premier retrouvé au milieu des décombres. Elle n’avait que 36 ans.

Devant son écran de télévision, sa mère, Sarah, a vu l’explosion. Elle se rend chez une voisine en criant : « Ils sont morts là-haut. Ils sont morts, ils sont morts ! » La nuit du drame, le président Ronald Reagan rend hommage aux victimes lors d’un discours devant le Congrès. Trois jours après, une cérémonie nationale, retransmise en direct, se tient au Centre spatial de Houston en présence de plus de 10.000 personnes.

Une commission chargée d’enquêter sur les circonstances de l’accident est créée par le président américain. Richard Feynman en est l’un des membres les plus célèbres. Il remarque que les estimations de fiabilité communiquées par la Nasa étaient irréalistes et divergeaient totalement de celles faites par les ingénieurs. Il déclare alors :

« Pour qu'une technologie soit couronnée de succès, la réalité doit prendre le dessus sur les relations publiques, car on ne peut pas tromper la Nature. »

L’enquête n’a pas permis d’établir avec certitude les causes de la mort de l’équipage. Le rapport émet l’hypothèse, sans assurance, que les astronautes auraient perdu conscience peu avant l’explosion. Judith Resnik et ses collègues deviennent alors des héros, mais ils étaient avant tout des femmes et des hommes avec des amis, une famille et des collègues qui se souviennent d’eux.

Michael Coates, pilote sur la première mission de la navette Discovery, se rappelle de Judith – ou Judy, comme ses proches l’appelaient – en ces termes :

« C’était quelqu'un qui comptait beaucoup. Elle vivait, travaillait et s’amusait intensément. Elle n'était pas parfaite, elle était têtue, et elle devait toujours avoir son mot à dire. Mais à la fin d’un dispute, elle souriait et c'était tout. On se sentait à l'aise avec elle. À bien des égards, c'était une astronaute idéale. Elle laissera un grand vide. »

Merci d’avoir écouté Chasseurs de science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Julie Kern. Merci à Vincent Heidelberg, qui prête sa voix à Michael Coates. Rendez-vous sur sa chaîne Youtube Stardust pour y découvrir son documentaire consacré à l’histoire de Challenger.

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