Chuck Yeager, l’homme le plus rapide du monde

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Octobre 1947. Pour la première fois de l’Histoire, un bang supersonique produit par un avion retentit dans le ciel. Aux commandes : Chuck Yeager, pilote américain de génie.


Cet épisode de Chasseurs de science retrace la vie aventureuse du premier homme à avoir franchi le mur de son. Si cet exploit le rendit célèbre, il en connut bien d'autres jusqu'à sa mort le 7 décembre 2020. Rendons donc hommage à cet as du pilotage qui inspira aussi le cinéma.


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Transcription du podcast :

Bienvenue dans Chasseurs de Science, un podcast produit par Futura. Je suis Julie votre guide temporelle. Aujourd’hui nous rendons hommage au pilote américain le plus doué de sa génération, Chuck Yaeger, décédé le 7 décembre 2020 à 97 ans. S’il a connu la gloire à l’automne 1947, le reste de sa vie aventureuse est tout aussi remarquable.


14 octobre 1947, Californie. Altitude : 13.700 mètres. Température : glaciale.

Charles Elwood Yeager, surnommé Chuck, essaye tant bien que mal de trouver une position confortable dans le minuscule cockpit de son avion, un BX-1. Avec les deux côtes qu’il s’est cassées la veille lors d'une chute à cheval, ce n’est pas une mince affaire !

Dans quelques instants, la soute de l’avion-porteur qui le transporte s’ouvrira et il lancera son BX-1 par delà de la dernière limite connue : le mur du son. Le BX-1 a été conçu pour cela. C’est littéralement une balle de revolver dotée de petites ailes et d'un moteur-fusée à l’arrière. Il ne mesure que 3 mètres de haut pour 11 mètres de long. Chuck ne peut même pas étendre ses jambes dans le cockpit. Mais le défi ne l’impressionne pas le moins du monde. Du haut de ses 24 printemps, il en a vu d’autres !

Le pilote de l’avion-porteur le prévient de l’ouverture de la soute. Une raie de lumière éblouissante se dessine devant Chuck. Il pose ses lunettes de soleil sur son nez et met en marche son avion. L’appareil s’emballe, le cœur de son pilote aussi. Chuck pense à Glennis, sa femme, et à l’inscription « Glamorous Glennis », peinte en son hommage sur l'avant de son bolide.

Ça y est : le ciel s’étend devant lui. Le BX-1 s’élance comme un boulet de canon. Son nez pointu déchire littéralement l’air. L’accélération le cloue sur son siège et met à rude épreuve son corps endolori, mais Chuck prend toujours plus de vitesse. L’aiguille du machmètre monte doucement : 0,83, 0,88, 0,92. Il continue d’accélérer jusqu’à que l’aiguille sorte du compteur.

À 10h18, le premier bang supersonique de l’histoire retentit dans le ciel californien, au-dessus du désert de Mojave. Chuck Yeager vole à Mach 1,05, soit 1.296,54 km/h. Il devient alors « the fastest man alive », le premier homme à franchir le mur du son lors d’un vol horizontal habité.

Chuck Yeager naît le 13 février 1923 dans une petite ville de Virginie-Occidentale sur la côte est des États-Unis. Il est le second enfant d’Albert Hal et de Susie Yeager, deux Américains modestes. C’est un enfant curieux et hyperactif mais qui ne brille pas par ses résultats scolaires. À l’adolescence, il préfère pêcher et chasser plutôt que de rester assis sur une chaise. On raconte qu’il est capable de tirer un chevreuil à 550 mètres de distance. Néanmoins, il montre d’incroyables capacités dans tous les domaines nécessitant un raisonnement mathématique, une coordination physique et du doigté. Ces dernières lui sauveront plusieurs fois la mise.

À la sortie du lycée, il s’engage sans attendre dans l’U.S Air Force. Nous sommes alors en 1941, et Chuck a tout juste dix-huit ans. Les longues heures passées avec son père à trifouiller des générateurs, des pompes et autres machines lui permettent de devenir mécanicien aéronautique. Mais ce n’est qu’une étape pour lui, son plan c’est devenir pilote. Son jeune âge et surtout le fait qu’il n’ait aucun diplôme d’étude supérieure le privent pour le moment de son rêve.

L’attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941 bouleverse le destin du monde et celui de Chuck Yeager. Les États-Unis entrent en guerre aux côtés des Alliés et l’U.S Air Force doit grossir ses effectifs de pilotes. Les pré-requis pour intégrer le programme d’entraînement sont assouplis. Chuck saisit sa chance et postule seulement six mois après son engagement. Grâce à son acuité visuelle hors du commun, évaluée à 20/10, il est sélectionné. Il devient officier pilote en mars 1943 et part pour la Grande-Bretagne en novembre de la même année. Il a alors 20 ans.

Chuck s’illustre rapidement aux commandes de son P-51 B, baptisé « Glamorous Glenn ». En mars 1944, il remporte sa première victoire en battant un Messerschmitt BF 109, fleuron de l’armée allemande. Le lendemain, il part pour sa neuvième mission, sûrement son fait de guerre le plus connu.

Avec ses coéquipiers, il doit escorter un bombardier américain jusqu’à l’aérodrome de Bergerac. Mais les Allemands attaquent l’escadron au-dessus de Biscarrosse et l’avion de Chuck est touché. Les commandes ne répondent plus, pas le choix, il lui faut abandonner le « Glamorous Glenn ». Il s’éjecte du cockpit à 6.000 mètres d’altitude. La température glaciale lui brûle les poumons et le manque d’oxygène lui fait tourner la tête alors qu’il est en chute libre. Sentant sa conscience le quitter, il ouvre son parachute à 2.500 mètres d’altitude. Chuck est alors à la merci des pilotes ennemis, sans aucun moyen de défense. Celui qui l’a descendu voit là une occasion parfaite d’en finir, mais un de ses coéquipiers lui sauve la vie.

Chuck termine sa descente près d’un moulin à la Rode. Là-bas vit une famille faisant partie de la résistance. Grâce à son aide et celle du voisinage, il traverse incognito les Pyrénées, affublé d’un béret et des vêtements du mari de l’une des résistantes. Il rejoint l’Espagne avec les huit autres survivants de son escadron, avant de rallier sa base en Angleterre.

Après cette déconvenue, il retourne en mission et continue d’écrire sa légende. Il devient « As d’un jour » en octobre. Ce terme définit les pilotes qui ont descendu cinq avions ennemis en une seule journée.

La fin de la guerre marque le début de sa deuxième carrière tout aussi prolifique : celle de pilote d’essai. Dès 1945, il s’entraîne sur les avions construits par la compagnie Bell pour franchir le mur du son. Il fait de nombreux essais, participe à l’amélioration du BX-1. Il flirte avec Mach 1 à de nombreuses reprises, mais ne le dépasse qu’après deux ans d'entraînement acharné, le 14 octobre 1947.

Il fait encore de nombreuses prouesses pour le compte de l'US Air Force. Le 10 décembre 1963, il frôle la mort dans une scène digne d’un film d’action. Lors d’un « zoom climb », une manœuvre où le pilote monte en flèche dans les cieux, il perd le contrôle d’un avion prototype à 33.000 mètres d’altitude. L’avion fait une chute vertigineuse sans que Chuck Yeager ne parvienne à le redresser. À 2.500 mètres du sol, il finit par s’éjecter et rejoint le plancher des vaches sain et sauf, avec le visage grièvement brûlé. C’est un de ses derniers exploits. Il prend sa retraite en 1975 à l'âge de 52 ans.

Jusqu’à sa mort le 7 décembre dernier, Charles Elwood Yeager est resté une légende. Le film L’Étoffe des Héros, sorti en 1983 et réalisé par Philip Kaufman, retrace les aventures des pilotes d’essais et futurs astronautes après la Seconde Guerre mondiale. C’est Sam Shepard qui campe le rôle de Chuck, mais ce dernier fait son apparition dans le métrage, lors d’un caméo plutôt cinglant.

Il joue un vieux serveur dans le bar Pancho Barnes et s’offusque qu’un des pilotes ne soit pas admis car il n’a pas fait d’étude supérieure comme les astronautes. Un reproche qu’on faisait souvent à Chuck, et qui était à l’origine de sa querelle avec une autre célébrité de son époque et pilote d’essai tout aussi doué que lui : Neil Armstrong.


Merci d’avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Rafael Krux, et son générique par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Julie Kern. Si cet épisode vous a plu, n’hésitez pas à nous le faire savoir en nous laissant une note et un commentaire sur votre plateforme d’écoute favorite. Pour soutenir notre travail, abonnez-vous et partagez vos épisodes préférés autour de vous. Merci pour votre fidélité. À bientôt pour un nouvel épisode de Chasseurs de science.



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