Des arbres meurent de la sécheresse

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C'est dans ta nature, la chronique de la biodiversité, continue cette semaine de s'intéresser aux effets de la sécheresse historique qui frappe la France cette année. Les canicules à répétition affaiblissent les arbres. Pourquoi des arbres perdent-ils leurs feuilles en été ? Il s'agit d'un phénomène de défense face à la multiplication des canicules, qui pourrait avoir des conséquences sur la survie de certaines espèces. Ces temps-ci, à Paris, le promeneur qui passe sous des platanes se croirait en automne. Des feuilles jaunes et sèches craquent sous ses pas. Le passant fredonne alors la chanson de Prévert, immortalisée par Montand : « Les feuilles mortes se ramassent à la pelle... ». C'est une chanson d'automne, mais c'est le tube de l'été cette année dans la France asséchée. Les arbres perdent leurs feuilles, assoiffés. Le regard du passant se porte alors sur quelques femmes et hommes en vert chargés de la propreté de la ville de Paris. Écrasés par la chaleur, ils prennent leur pause sous l'ombre imparfaite des marronniers. Ils n'ont pas de pelle pour ramasser les feuilles, mais un gros aspirateur motorisé. Les temps changent. Ce n'est pas le premier été parisien où les feuilles des arbres ont déjà la couleur de l'automne, mais la sécheresse qui frappe l'ensemble de la France cette année est exceptionnelle, inédite. Partout ou presque, des taches rousses parsèment les paysages ; des arbres en souffrance. Un chêne, par exemple, a besoin de « plusieurs centaines de litres d'eau par jour, en fonction de sa taille », précise Nathalie Bréda, directrice de recherche à l'INRAE, l'Institut national de la recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement. Faute d'eau, les arbres enclenchent alors une réponse défensive qui conduit à la perte de leurs feuilles ; il s'agit, pour eux aussi, d'économiser l'eau. Quand les arbres ne transpirent plus « Le principal mécanisme consiste, pour les arbres, à fermer leurs stomates, les petits trous sur les feuilles, de manière à économiser l'eau transpirée par l'arbre », explique Nathalie Bréda. En temps normal, un arbre rejette 90% de l'eau qu'il a puisé par ses racines, et toujours chez le chêne, selon l'Office national des forêts, la transpiration peut atteindre 1 000 litres par jour chez les plus grands individus. C'est ce phénomène qui procure cette sensation de fraîcheur sous un arbre : l'évapotranspiration permet de faire baisser de 2 à 8 degrés Celsius la température de l'air. Mais que se passe-t-il en période de canicule, quand les arbres interrompent leur transpiration ? Nathalie Bréda rappelle que « la transpiration, chez les arbres comme chez la plupart des organismes vivants, sert à refroidir l'organisme. Avec un épisode de canicule, le refroidissement habituellement assuré par l'évapotranspiration ne fonctionne plus. La température des feuilles va alors dépasser 40 degrés, ce qui va provoquer des dommages irréversibles pour les feuilles qui vont sécher et tomber. » C'est l'automne en été. Sécheresse l'été, arbres affaiblis l'hiver Voilà pour les effets immédiats et visibles. Mais les canicules et les sécheresses ont aussi des conséquences à plus long terme. Des températures élevées ont un effet sur la photosynthèse, ce phénomène propre aux plantes, qui transforme la lumière du soleil et le CO2 dans l'atmosphère en sucre, en énergie. « La photosynthèse est optimale entre 20 et 30 degrés », précise Nathalie Bréda. Mais quand il fait trop chaud, puisque les arbres referment les stomates de leurs feuilles, il n'y a plus de photosynthèse. L'arbre ne se nourrit plus. « Si la photosynthèse est arrêtée trop précocement dans la saison, par exemple au 14 juillet parce qu'il fait trop sec, l'arbre ne va pas reconstituer son stock de réserves suffisantes pour attaquer l'hiver dans de bonnes conditions, pour résister au froid et aux attaques d'insectes ». Plusieurs mois après la sécheresse, les arbres en subissent les effets. Les canicules affaiblissent les arbres en été, qui seront plus vulnérables en hiver. Un phénomène observé notamment sur les épicéas, les résineux les plus répandus en Europe, par Nathalie Bréda, qui travaille au sein de l'unité Silva de l'INRAE à Nancy, dans l'est de la France. « En 2018, après une très forte sécheresse, beaucoup d'épicéas sont morts, en particulier dans le Grand Est, attaqués par des scolytes, des insectes secondaires qui ne peuvent s'en prendre qu'à des arbres affaiblis par ce dysfonctionnement de leur métabolisme de défense ». Chaleur mortelle Les arbres souffrent en été et peuvent mourir en hiver. Se pose désormais la question de leur survie face au changement climatique : « À quel moment les arbres vont pouvoir récupérer, reconstituer leurs réserves glucidiques et fabriquer à nouveau du feuillage et des racines si les sécheresses s'enchaînent trop rapidement ? On n'a plus d'année permettant la récupération de toutes ces fonctions vitales pour l'arbre ». Les arbres souffrent, et la planète toute entière. Il a été démontré qu'avec le réchauffement climatique, les plantes absorbaient moins de CO2, le principal gaz à effet de serre. Le cercle vicieux est enclenché.

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