Face au confinement sportif, L’Equipe explore, avec Jérôme Cazadieu

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L'Équipe sans sport, c’est un cas d’école assez fascinant. Cette semaine dans A Parte, Jérome Cazadieu, son directeur de la rédaction, raconte ces quelques semaines absolument sans équivalent dans l’histoire plus que centenaire du quotidien sportif. L'Équipe a passé le cap et a même recruté environ 10 000 abonnés numériques depuis le début du confinement !

Comme tous les autres médias, il a fallu basculer intégralement en télétravail. Premières mesures lorsque les compétitions se sont arrêtées : passer en pagination estivale réduite, suspendre le magazine et réduire fortement le prix de ventes au numéros.

Ensuite il a fallu innover. Chaque jour, le quotidien publie deux séries permettant de se replonger dans les archives sportives. Le journal a également créé le programme “Bob L'Équipe Challenge” dans sa rubrique “coaching”, avec des vidéos quotidiennes de Bob Tahri, ancien athlète de haut niveau, préparateur physique, coach mental et nutritionniste. Cette nouvelle tendance éditoriale centrée sur la pratique amateure des Français va certainement perdurer, de même qu’une dimension plus participative des lecteurs.

Maintenant il faut tenir car les événements majeurs ont été reportés de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Le sport ne va pas repartir normalement de sitôt. Et bien entendu penser à l’avenir. Jérôme Cazadieu veut faire de L'Équipe un journal “plus engagé sur le sport santé, le sport société, plus écologique et raisonnable économiquement”. En attendant, L'Équipe Explore offre une bouffée d’oxygène à ses lecteurs avec la sortie vendredi 24 avril, de la série de vidéos interactives “Un Printemps suspendu”, tournées sur les plus hauts sommets des Alpes.

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Pour aller plus loin

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L’essentiel de l’épisode

[04:20] A chaque fois qu’on arrivait en fin de semaine, on se posait la question : est-ce qu’on va être capable de faire la même chose la semaine suivante, avec suffisamment de sujets forts pour aller à la Une ? Cette interrogation on ne l’a plus. On sait qu’on est capables d’avoir des idées, de mobiliser des énergies, d’aller chercher des sujets nouveaux… Sur notre capacité éditoriale à tenir la ligne, on sait qu’on est capables de le faire.

Ce qui est plus difficile c’est qu’on reste beaucoup dans l’incertitude et qu’on ne connaît pas les conditions de reprise des événements sportifs.

[06: 27] On essaie d’être les plus attentionnés possibles pour lisser la charge de travail dans la journée et éviter d’avoir des coups de chaud parce que les coups de chaud en télétravail c’est compliqué. Sur une semaine ça va mais avec la répétition sur 5 semaines, on sent que ça fatigue les équipes.

[08:27] Nous ne pouvons être 100% coronavirus, même si on doit s’intéresser aux initiatives, aux belles histoires, et par exemple on fait un portrait tous les mercredis baptisé “Nos héros”. On a essayé d’aller aussi sur l’information sportive parce qu’il se passe encore des choses : les sportifs ne restent pas chez eux à rien faire, les institutions sportives ont une continuité d’organisation, elles préparent la saison prochaine…

[09:43] On a essayé aussi de toucher une des seuls effets positifs de cette période, à savoir l’activité physique des Français. Les gens font du sport, du yoga, vont courir... On a essayé tout de suite de s’accaparer cette thématique avec le “Bob L'Équipe challenge”.

[11:08] Les “Bob challenge” c’est intéressant parce que globalement L'Équipe couvre surtout le sport professionnel, le sport de haut niveau, et là ça nous permet de toucher un autre segment qu’on ne touchait pas aujourd’hui.

[13:30] On ne va pas ressortir de cette crise comme on en est entrés. Cette crise peut durer jusqu’à la fin de l’année, voire au début de l’année prochaine, pour le sport et aussi pour nous, sur la manière dont nous traitons le sport.

[14:25] La question de la pratique, du sport santé, du sport société, de l’impact du sport sur un certain nombre de sujets, c’est quelque chose que nous pouvons pousser au fil de l’eau. Pareil sur des formats numériques interactifs.

[15:30] On a intérêt à apporter notre vision, d’un sport plus équitable, plus raisonnable économiquement, un sport plus écologique. On va être beaucoup plus engagés.

[18:48] Pour la sa série Equipe explore “Un Printemps suspendu”, publiée le 24 avril, on a bossé avec la société de production Upian pour en faire un objet un peu unique avec beaucoup de motion design, d’animation 3D pour montrer la montagne sous un angle interactif.

[20:38] Nous avons la chance d’avoir 7 et 8 millions de personnes qui ont téléchargé l’appli cation de L'Équipe et ces gens viennent une dizaine de fois par jour. Ils sont très connectés à notre univers. Il y a moins de fidélité qui viennent par le web et les réseaux sociaux.

[21:26] Le trafic, en règle générale avec des compétitions, oscille entre 1,4 et 1,6 milliard de pages vues par mois. Evidemment il a baissé mais il reste suffisant pour conserver de la publicité.

[22:18] On a recruté beaucoup d’abonnés depuis le début du confinement, entre 3 et 4 fois plus de nouveaux abonnés que d’habitude. Nous sommes à 276 000 abonnés, soit à peu près 10 000 nouveaux abonnés.

[24:53] Moi je ne crois pas à la disparition du papier. Peut-être que je suis un dinosaure de ce point de vue-là. Je pense qu’il y a un usage qui va être un peu renforcé par la crise. Pas en terme de volumes : ils vont continuer à baisser compte tenu de la crise de la distribution. En revanche, est-ce que les gens ne vont pas avoir besoin d’avoir des temps plus longs ?

[25:45] La nature du support compte : par exemple quand on prend un journal papier le matin, on se pose avec un café pour le lire. Je crois que nos lecteurs vont un peu changer de mode de vie. Si la publicité continue de décrocher, cela rendra l’équation économique plus incertaine.

[27:20] Pour les médias, cette crise va nécessairement accélérer la transition numérique. En particulier pour notre rédaction dans sa manière de fonctionner. Tout le monde travaille directement dans les back-offices numériques alors qu’il y avait encore un peu de réticences. On a aussi vu l’agilité de nos journalistes pour faire des visioconférences.

[28:36] Cela fait trois ou quatre ans qu’on parlait à l’équipe du télétravail. On l’a mis en place en 15 jours.

[29:30] Il ne faudrait pas que tous ces changements provoquent du tout-numérique. Il ne faudrait pas que les médias traditionnels, historiques, que ce soit en presse écrite, radio ou en télé, aient juste une jambe numérique. J’ai peur que cela crée un déséquilibre.

[31:00 ]Les lecteurs papiers n’attendent pas la toujours même chose que les internautes. Ce sera à nous d’imaginer comment on est capables de concilier une transformation numérique qui va s’intensifier avec une industrie traditionnelle qu’on doit être capable de maintenir, d'enrichir, de transformer, de telle sorte à ce qu’elle reste viable à la fois pour l’entreprise qui la porte et pour les lecteurs qui vont la consommer.

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Crédits

Interviews : Sébastien Bailly, Elise Colette, Philippe Couve, Jean-Baptiste Diebold, Marianne Rigaux
Idée originale : Elise Colette et Jean-Baptiste Diebold
Réalisation sonore : Raphaël Bellon
Design graphique : Benjamin Laible
Communication : Laurie Lejeune
Générique et habillage sonore : Boris Laible
Intégration web : Florent Jonville
Production : Ginkio et Samsa.fr

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