#46 – Beyrouth 2020 – Journal d’un effondrement par Charif Majdalani

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En plateau :

Charif Majdalani, écrivain libanais et professeur à l’université Saint-Joseph à Beyrouth, publie Beyrouth 2020. Journal d’un effondrement, aux éditions Actes Sud. Il a reçu le Prix Femina – Prix Spécial du Jury 2020, pour ce livre, le 2 novembre dernier.

Contexte :

Auteur de 7 romans, Charif Majdalani entreprend l’écriture d’un carnet de bord aux premiers jours du mois de juillet 2020. C’est un récit à la fois intime et politique. Un journal. La situation désastreuse que connaît le Liban, frappé par une crise économique et sociale, redoublée d’une crise morale et politique, ne semble plus pouvoir se prêter à la fiction romanesque. Le style concis, sa puissance évocatrice, les anecdotes et les traits d’humour sont toujours là, mais écrire différemment, au jour le jour, en suivant le rythme calendaire, permet de tenir à distance et contenir l’effondrement lent et méthodique que poursuit dans sa chute le pays en lequel, jadis, certains voulaient voir la Suisse du Moyen Orient. Charif Majdalani témoigne. En spectateur engagé.

Le Liban est devenu le troisième pays le plus endetté du monde, il traverse la pire crise économique de son histoire, la monnaie a perdu six fois sa valeur en six mois, rien ne semble pouvoir arrêter la dépréciation de la livre, la chute des salaires. Rien ne semble pouvoir arrêter l’inexorable descente aux enfers d’un pays étranglé par la faillite de l’État clientéliste, miné par la corruption de sa classe politique. Pas même le mouvement de contestation civile, le sursaut insurrectionnel secouant le pays depuis octobre 2019, depuis presqu’un an déjà. Et, pourtant, malgré tout, la vie semble continuer dans la torpeur de ce mois de juillet 2020. Beyrouth vit la nuit presque aussi intensément qu’auparavant, entre débats et désinvolture, puisant une énergie venue de nulle part, et à nulle autre pareille. Et chaque matin, le soleil continue de se lever.

Et puis soudain, tout bascule, tout s’accélère. L’explosion du 4 août, à 18h07. Cinq secondes apocalyptiques, qui détruisirent le port de Beyrouth et les quartiers environnants. 2750 tonnes de nitrate terrassèrent la capitale d’un pays s’apprêtant à fêter son centenaire. La violence de l’explosion fait écho à la violence jalonnant l’histoire de ce jeune État. Tout est bousculé, à l’arrêt, les jours ne succèdent plus aux jours, il n’y a plus qu’un seul temps, celui de la rage et de la colère, celui de l’urgence poussant les citoyens à s’entraider, se consoler mutuellement, face à l’incurie des dirigeants. Un élan de solidarité comme une lueur d’espoir et le refus de la fatalité. Partir ? Rester ? Rester debout. Faire face. Dos au mur. Sortir du déni pour inventer et bâtir la réalité de demain. Est-ce encore possible ? Simplement concevable ou bien réalisable ?

À l’oreille :

  • Guiseppe VerdiLa Traviata – « Libiamo ne’lieti calici » chanté par Maria Callas
  • Sonny RollinsSaint Thomas
  • Léo Ferré chante AragonElsa

Pour aller plus loin :

  • Charif Majdalani, Des vies possibles, Le Seuil, 2019
  • Charif Majdalani, Villa des femmes, Le Seuil, 2015
  • Charif Majdalani, Le dernier Seigneur de Marsad, Le Seuil, 2013
  • Charif Majdalani, Nos si brèves années de gloire, Le Seuil, 2012
  • Charif Majdalani, Caravansérail, Le Seuil, 2007
  • Charif Majdalani, Histoire de la grande maison, Le Seuil, 2005

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